A Iquitos, le Covid-19 s’ajoute à l’épidémie de dengue et les hôpitaux « ne contrôlent plus rien »

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Manque d’oxygène, de médicaments et de lits pour accueillir les patients, médecins malades et pas assez nombreux .

source : observers.france24

A Iquitos, dans le nord-est du Pérou, les hôpitaux prenant en charge les patients atteints du Covid-19 sont débordés depuis la mi-avril. Un médecin décrit une situation devenue « incontrôlable », alors que la ville était déjà durement touchée par une épidémie de dengue depuis plusieurs mois.

Iquitos est la capitale du Loreto, un département situé dans la forêt amazonienne. Cette ville, où vivent près de 500 000 personnes , est accessible uniquement par voie fluviale et aérienne.

Bien que le Loreto ne soit pas le département comptabilisant le plus de personnes contaminées par le Covid-19 au Pérou, les hôpitaux d’Iquitos ont rapidement été débordés par la pandémie. Selon l’agence de presse EFE, Iquitos serait ainsi l’une des villes d’Amérique latine les plus durement touchées, avec Guayaquil (Équateur), Manaus (Brésil) et Tijuana (Mexique).

Récemment, une vidéo tournée à la morgue de l’hôpital régional de Loreto, à Iquitos, a d’ailleurs rappelé certaines images de Guayaquil : on y voit au moins 16 cadavres emballés dans des sacs plastiques, entassés depuis plusieurs jours. Il s’agit de l’un des deux hôpitaux de la ville accueillant les patients suspectés d’avoir le Covid-19, avec l’hôpital EsSalud.

contrôlent plus rien »

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Manque d’oxygène, de médicaments et de lits pour accueillir les patients, médecins malades et pas assez nombreux : à Iquitos, dans le nord-est du Pérou, les hôpitaux prenant en charge les patients atteints du Covid-19 sont débordés depuis la mi-avril. Un médecin décrit une situation devenue « incontrôlable », alors que la ville était déjà durement touchée par une épidémie de dengue depuis plusieurs mois.

Iquitos est la capitale du Loreto, un département situé dans la forêt amazonienne. Cette ville, où vivent près de 500 000 personnes , est accessible uniquement par voie fluviale et aérienne.

Bien que le Loreto ne soit pas le département comptabilisant le plus de personnes contaminées par le Covid-19 au Pérou, les hôpitaux d’Iquitos ont rapidement été débordés par la pandémie. Selon l’agence de presse EFE, Iquitos serait ainsi l’une des villes d’Amérique latine les plus durement touchées, avec Guayaquil (Équateur), Manaus (Brésil) et Tijuana (Mexique).

>> LIRE SUR LES OBSERVATEURS : Covid-19 en Équateur : « On nous a dit d’attendre 10 jours avant que le cadavre soit retiré »

Récemment, une vidéo tournée à la morgue de l’hôpital régional de Loreto, à Iquitos, a d’ailleurs rappelé certaines images de Guayaquil : on y voit au moins 16 cadavres emballés dans des sacs plastiques, entassés depuis plusieurs jours. Il s’agit de l’un des deux hôpitaux de la ville accueillant les patients suspectés d’avoir le Covid-19, avec l’hôpital EsSalud.

Des cadavres emballés dans des sacs plastiques à la morgue de l’hôpital régional de Loreto, à Iquitos. Vidéo diffusée le 22 avril.

« Environ 80 % de l’ensemble du personnel soignant a été contaminé dans le Loreto »Juan Ramirez Arevalo est médecin généraliste à l’hôpital EsSalud.

Les premiers patients présentant des symptômes du Covid-19 sont arrivés fin mars. Puis leur nombre a augmenté, et la situation a commencé à être vraiment compliquée à la mi-avril.

Actuellement, plus de 200 nouveaux patients avec des symptômes du Covid-19 et de la pneumonie arrivent chaque jour dans mon hôpital et à l’hôpital régional de Loreto, qui accueille la grande majorité d’entre eux. Nous sommes complètement débordés.

Des patients sur le sol et sur des chaises dans les couloirs de l’hôpital régional de Loreto. Vidéo diffusée le 29 avril.

 Globalement, l’état de santé des patients qui se présentent à l’hôpital est bien plus grave qu’au début de la pandémie. À mon avis, c’est lié au fait qu’ils savent que les hôpitaux sont saturés, donc ils préfèrent s’auto-médicamenter chez eux, quand ils commencent à être malades, et ils viennent ici uniquement quand ça ne va plus du tout. En gros, ils arrivent à l’hôpital pour mourir.

Chaque jour, 15 à 20 patients suspectés d’avoir le Covid-19 meurent dans mon hôpital, et il y en a une trentaine à l’hôpital régional de Loreto. Et c’est sans compter ceux qui meurent à leur domicile. Comme il n’y a pas assez de place à la morgue de l’hôpital, les corps de certains patients décédés restent parfois à l’endroit où ils sont morts, en attendant d’être récupérés.

Le personnel de santé emballe le corps d’un patient décédé dans le couloir de l’hôpital EsSalud. Vidéo diffusée le 26 avril. 
Manque de lits, de médicaments et d’oxygène

Dans l’hôpital, nous avons seulement 60 à 70 lits, dont quatre à cinq en soins intensifs. Donc les patients qui n’ont pas de lit sont soignés à l’extérieur de l’hôpital : nous avons aménagé des petits espaces dans le patio, et mis en place un chapiteau. Actuellement, il y a une centaine de patients dehors. Cela dit, il y a quelques jours, nous avons ouvert un « hôpital temporaire » avec plusieurs dizaines de lits, sur un terrain. Donc la situation devrait s’améliorer.

Des patients à l’extérieur des bâtiments de l’hôpital EsSalud. Photos publiées le 22 avril.

« Ce sont les images qui viennent de l’hôpital régional [de Loreto]. Ici, les patients n’ont plus de lit. […] », écrit ce journaliste, le 22 avril.

Des lits supplémentaires ont été installés dans les couloirs de l’hôpital régional de Loreto, peu après la diffusion des photos précédentes, comme on peut également le voir ici.

En revanche, nous manquons toujours de médicaments et d’oxygène pour soigner les patients. Comme il n’y a pas de route pour rejoindre Iquitos, il est plus difficile de faire venir tout cela ici.

Des avions militaires amènent tous les jours des médicaments depuis le début de la semaine, mais cela reste insuffisant. Et avant, seuls un ou deux avions arrivaient chaque semaine.

Concernant l’oxygène, les besoins actuels sont quatre à cinq fois plus importants qu’en temps normal. Donc l’oxygène produit par l’usine locale ne suffit plus. Du coup, avec le Colegio Médico del Perú [institution représentant les médecins dans le pays, NDLR], nous nous sommes débrouillés pour acheter nos propres bouteilles d’oxygène à Lima, qui ont commencé à arriver ici en début de semaine. Par ailleurs, un prêtre d’Iquitos – également médecin – est parvenu à réunir des fonds pour construire deux structures qui permettront de produire de l’oxygène ici : c’est ce que l’État aurait dû faire depuis des semaines…
Manque de médecins

L’autre grand problème, c’est le manque de médecins. Déjà avant la pandémie, nous n’étions pas assez nombreux, puisqu’il y a 650 médecins environ dans tout le département du Loreto [pour un million d’habitants environ, NDLR]. Parmi eux, 166 ont été contaminés par le Covid-19, environ 60 sont en quarantaine car ils sont suspectés d’avoir le virus, et environ 150 sont en quarantaine car ils font partie de la population à risque, en raison de leur âge ou de certaines maladies qu’ils ont. Du coup, il ne reste plus que 274 médecins dans le Loreto pour lutter contre la pandémie, dont seulement une centaine se trouvent à Iquitos. D’une manière générale, environ 80 % de l’ensemble du personnel soignant a été contaminé dans le Loreto.

À Iquitos, quatre médecins sont d’ailleurs morts du Covid-19 récemment. L’un d’eux n’avait pas encore reçu son diplôme. [Actuellement, une vingtaine de jeunes médecins pas encore diplômés travaillent bénévolement pour s’occuper des patients atteints du Covid-19, en raison du manque de personnel médical, NDLR.]

De jeunes médecins, pas encore diplômés, travaillent de façon bénévole à l’hôpital régional de Loreto, où ils dorment également.
Des hôpitaux déjà saturés depuis des mois

Depuis décembre-janvier, les hôpitaux d’Iquitos étaient déjà saturés à cause de l’épidémie de dengue et de leptospirose, car il n’y avait pas assez de lits pour les malades. [Depuis 2019, l’Amérique latine est touchée par la pire épidémie de dengue de son histoire, NDLR.] Mais ces maladies avaient surtout touché le nord et le sud d’Iquitos, et elles n’ont pas fait tant de morts que ça jusqu’à présent. Alors que là, c’est toute la ville qui est concernée par le coronavirus.

Actuellement, la situation est tout simplement devenue incontrôlable. Cela fait des années que nous luttons pour que le budget de la santé soit plus important. Ces demandes n’ont jamais été prises en compte : on voit le résultat…

« Personne ne veut s’occuper de moi […], aidez-moi, s’il-vous-plaît », se lamente une femme, dans un couloir de l’hôpital régional de Loreto.

Des aides prévues pour le secteur hospitalier
 Au Pérou, la ministre de l’Économie vient d’annoncer un plan de soutien à l’économie à hauteur de 26 milliards de dollars – soit l’équivalent de 12 % du PIB – afin de faire face au Covid-19. Dans un premier temps, il prévoit d’aider le secteur hospitalier, sous pression financière depuis des années en raison de la politique d’austérité qui caractérise le pays.

Selon les chiffres du ministère de la Santé publiés le 7 mai, 1627 personnes sont décédées du coronavirus et 58 526 cas ont été confirmés au Pérou, où vivent 32 millions de personnes. Après le Brésil et l’Équateur, c’est le pays d’Amérique latine qui compte le plus grand nombre de décès liés au Covid-19.

À la mi-mars, le gouvernement avait décrété l’état d’urgence et mis en place une quarantaine, censée être levée le 10 mai, ainsi qu’un couvre-feu.

Article écrit par Chloé Lauvergnier (@clauvergnier).

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