A la mémoire des victimes du Sentier lumineux

Visa pour l’Image(1/2). À l’occasion du 29e Festival international du photojournalisme de Perpignan, « La Croix » publie les reportages de deux jeunes photojournalistes primés.

source : lacroix

Aujourd’hui, la Péruvienne Angela Ponce Romero, prix du Visa d’or humanitaire du CICR 2017, pour son reportage « Ayacucho » sur les commémorations organisées par les survivants en hommage aux victimes du Sentier lumineux, au Pérou.

Deux femmes montrent les portraits de leurs neveux, portés disparus le 14 août 1985. Ayacucho, Pérou, 2017. / Angela Ponce Romero

Jeudi soir au Campo Santo, la photographe péruvienne Angela Ponce Romero, 23 ans, recevra le prix du Visa d’or humanitaire du CICR, doté de 8 000 €, pour son reportage Ayacucho. Celui-ci traite des victimes du groupe armé maoïste Sentier lumineux et de la répression de l’armée gouvernementale, au Pérou dans les années 1980 et 1990.

Lorsqu’en 2014 la photographe se documente sur cette période durant laquelle des dizaines de milliers de personnes ont été assassinées ou ont disparu dans la région d’Ayacucho, elle découvre que de nombreux cas n’ont pas été relatés par les journaux et que 20 % des victimes du conflit étaient des femmes. « J’ai alors ressenti le besoin et considéré comme mon devoir d’enquêter pour constituer une mémoire photographique.Les victimes du terrorisme que je connaissais à Lima m’ont introduite auprès des gens d’Ayacucho. »

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Ses images témoignent du combat des descendants des victimes obtenant des certificats de décès et récupérant les dépouilles de leurs parents après trente-deux ans de procédures et d’attente.

« J’ai beaucoup de respect pour le courage de ceux qui se battent et réclament justice »

Elles montrent les restes de corps humains incinérés retrouvés dans des fours, le travail des médecins légistes posant les scellés sur les cercueils, les larmes amères des proches identifiant les vêtements que portaient leur père ou leur mère le jour de leur disparition, le recueillement des veuves participant aux cérémonies religieuses pour leurs maris défunts, l’engagement des enfants participant à une reconstitution commémorant le massacre de 1988 dans le village de Cayara…

Une jeune femme de Cayara apporte des fleurs pour honorer les morts. Ayacucho, Pérou, 2017. / Angela Ponce Romero

Une jeune femme de Cayara apporte des fleurs pour honorer les morts. Ayacucho, Pérou, 2017. / Angela Ponce Romero

« J’ai beaucoup de respect pour le courage de ceux qui se battent et réclament justice depuis plus de vingt ans, confie Angela Ponce Romero. Le principal leader du Sentier lumineux, Abimael Guzmán, est en prison à vie depuis 1992, et même s’il y a toujours des confrontations entre les terroristes et l’armée dans la région de Vraem, leur action n’a plus rien à voir avec les exactions des années sanglantes. »

Au Pérou comme ailleurs, la difficulté d’être photojournaliste

Angela Ponce Romero a eu son premier contact avec la photographie professionnelle lorsqu’elle a décroché un job d’assistante au Musée Mario Testino (MATE) de Lima, du nom du célèbre photographe de mode péruvien. Instant décisif qui scelle son destin, elle décide alors d’étudier la photographie à l’Institut péruvien d’art et de design. « J’éprouve le besoin de raconter des histoires, explique-t-elle. La photographie me permet de montrer les problèmes et les besoins de certains groupes ou de certains individus. Avec mes images je veux aider, sensibiliser et créer une mémoire collective. »

Le curé avec un groupe de survivants qui prient pour leurs proches assassinés. Ayacucho, Pérou, 2016. / Angela Ponce Romero

Le curé avec un groupe de survivants qui prient pour leurs proches assassinés. Ayacucho, Pérou, 2016. / Angela Ponce Romero

Intéressée par les sujets sociaux, la jeune femme est aussi l’auteure de The House of columns, reportage sur un couvent du XVIe occupé par des familles précaires, ou de El Porvenir, sur la violence d’un tournoi de foot dans la banlieue de Lima. Elle suit actuellement des athlètes handicapés se préparant pour les Jeux paralympiques.

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Au Pérou comme ailleurs, il n’est pas simple d’être photojournaliste et Angela Ponce Romero reconnaît avoir la chance de travailler pour un journal, ce qui lui permet de financer ses sujets personnels comme Ayacucho. « Chaque jour je travaille pour enregistrer l’histoire de mon pays. Un photojournaliste doit être le plus objectif possible, c’est une responsabilité sociale. »

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Ailleurs à Perpignan

Au couvent des Minimes, expositions jusqu’au 17 septembre.Alvaro Canovas, « Mossoul, l’amère reconquête »; Renée C.Byer, « Un nouveau combat. La vie aux états-Unis pour les réfugiés afghans »; Stephen Dock, « La traite des êtres humains », Népal ; Ed Kashi/VII, « Nouvelle épidémie », (CKDu); Meridith Kohut, « Le Venezuela au bord du gouffre »; Isadora Kosofsky, « Mineurs : la vie en prison et après la détention », USA ; Lu Guang, « Développement et pollution », Chine; Lorenzo Meloni/Magnum, « La chute du califat »; Michael Nichols, « A wild life »; Emanuele Scorcelletti, « Une Italie écorchée » (Séismes); Vlad Sokhin/Cosmos, « Warm waters. Les conséquences du changement climatique »; Larry Towell/Magnum, « Standing Rock »; Laurent Van der Stockt/Getty Reportage, « La bataille de Mossoul »; World Press Photo.

Rencontres avec les photographes, salle Charles-Trenet, Palais des congrès : Entrée libre. Tous les matins, jusqu’au samedi 9 septembre, rencontres ouvertes aux professionnels et au grand public. Agenda complet : www.visapourlimage.com.

Soirées au Campo Santo,jusqu’au 9 septembre : projections gratuites à 21 h 45, qui retracent deux mois d’actualité de l’année écoulée, puis développent différents sujets de reportages. Remise des prix aux lauréats.

Armelle Canitrot

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