Au Pérou, difficile de lutter contre les plantations de coca par temps de coronavirus

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La pandémie de Covid-19 a largement compromis les efforts d’erradication de plantations de coca illégale en Amérique du Sud, en particulier au Pérou.

source : RFI.fr

par Eric Samson

Dans ce pays comme en Bolivie, la coca est utilisée légalement pour être mastiquée notamment dans les Andes, mais aussi pour fabriquer des thés et autres produits. C’est également la matière première du chlorydrate de cocaïne. Une matière première dont le prix a baissé pour cause de pandémie.

Le résultat historique des opérations d’erradication de plantations de coca de l’an dernier n’est plus qu’un lointain souvenir au Pérou. Alors que plus de 25 000 hectares de coca ont été détruits en 2019 comme en 2018, le ministre de l’Intérieur Gaston Rodríguez a confirmé que depuis le début de l’année, seuls 1 430 hectares de coca ont été erradiqués. En arrondissant, c’est huit fois moins en un an.

C’est évidemment le confinement général de près trois mois et demi au Pérou qui est à l’origine de l’effondrement des chiffres de réduction des plantations de coca. Il a été en effet impossible pour des raisons de biosécurité de mobiliser en avions et en hélicoptères les équipes d’erradication de feuilles de coca. Le ministre de l’Intérieur, lors d’une reunión virtuelle avec la presse étrangère, a d’ailleurs reconnu que le chiffre 2020 « ne s’approcherait même pas de celui des deux dernières années ».

Gaston Rodriguez a pourtant indiqué que les opérations vont reprendre dès la levée de la quarantaine. Cela sera possible grâce à une flotte de 21 hélicopères et des moyens terrestres que les États-Unis mettent à disposition du Pérou pour le transport du personnel qui détruit les plantations et qui sort peu à peu du confinement.

En attendant, les prix de la matière première de la pâte base de cocaïne sont toujours en chute libre dans la zone connue comme le VRAEM, la Vallée des Fleuves Apurimac, Ene et Mantaro. Depuis janvier, la feuille de coca y a perdu 50% de sa valeur et celui du chlorydrate de cocaine près de 20%. Le prix du kilo de drogue est actuellement de 1 700 dollars, un peu plus de 1 500 euros. Ce n’est pas le cas partout : le prix est stable dans la zone de la triple frontière entre le Pérou, le Brésil et la Colombie… il aurait même légèrement augmenté dans la région de Cuzco, selon le président de Devida, la Comission Nationale pour le Développement et la Vie sans Drogues.

Cette baisse des activités anti drogue a également limité les operations d’interdiction de survol des avions des trafiquants dans toute la région centrale du Pérou. La pandémie risque cela d’avoir una autre conséquence : même si la prix de la feuille de coca est bas, de nombreux paysans pourraient être tentés d’en planter pour pouvoir survivre à une crise économique qui s’annonce extrèmement sévère au Pérou où plus de 9 000 victimes de la pandémie ont été confirmées.

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