A qui profite le juteux business du quinoa, dit « graine d’or » ?

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quinoaCette petite graine se mange à toutes les sauces. En 2015, le Pérou a été le premier producteur mondial de quinoa, doublant ainsi la Bolivie. Mais à qui profite ce juteux business de la « graine d’or » ?

Pourquoi on en parle ?

source : ouest-france.fr

par : Klervi Drouglazet

Depuis quelques années, c’est la ruée vers le quinoa, la graine d’or de la Cordillère des Andes. À plus de 3 000 mètres d’altitude, sur l’Altiplano, les plaines d’altitude péruviennes et boliviennes, des champs de quinoa s’étendent à perte de vue. En 2013, l’Organisation des nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) avait décrété « l’année internationale du quinoa », tandis qu’au même moment l’Organisation mondiale de la santé qualifiait le quinoa de « graine d’or ».

Consommé depuis des siècles par la population des Andes, en Amérique Latine, le quinoa est désormais reconnu pour ses qualités nutritionnelles par des consommateurs du monde entier. Protéines, calcium, oligo-éléments, le tout sans gluten… Ce produit ancestral a été dépoussiéré par les bobos américains et européens pour devenir LE produit cool à servir à toutes les sauces.

Un bol de quinoa cuit. (Photo : Fotolia)

Le Pérou, roi du quinoa ?

Entre 2012 et 2015, le volume combiné des exportations de quinoa du Pérou et de la Bolivie vers l’Union européenne a augmenté de 227 %. Pendant de longues années, la suprématie pour ce qui est de la production de quinoa revenait à la Bolivie qui détenait 70 % du marché mondial.

Le Pérou est aujourd’hui le premier producteur mondial de la graine d’or, avec 105 621 tonnes sorties de terre en 2015. C’est la deuxième fois que le Pérou arrive en tête du classement. En 2014, le pays avait produit 114 725 tonnes de quinoa avec des ventes avoisinant les 174 millions d’euros.

Un champ de quinoa au Pérou. (Photo : DR)

Et alors, c’est quoi le problème ?

La demande croissance de l’Occident en quinoa a provoqué de nombreuses inquiétudes sur le plan économique. Les effets dits négatifs de ces importations mondiales ont été relayés par les médias et notamment le quotidien britannique The Guardian qui titrait en janvier 2013 : « Est-ce que les végans peuvent digérer la triste vérité sur la consommation de quinoa ? »

À l’époque, le journal britannique avançait que l’appétit des pays occidentaux avait fait grimper le prix du quinoa et donc que cet aliment de base était devenu inaccessible pour les populations locales les plus pauvres.

Effectivement, l’engouement soudain pour le quinoa a fait tripler le prix au kilo depuis 2006. Les champs ne se sont pas agrandis, la production non plus alors les prix grimpent. Pour preuve, les exportations de la Bolivie sont passées de 2,2 à 58 millions d’euros.

L’Altiplano, des plaines d’altitude en Bolivie. (Photo : Clément Guilloux)

Quel réel impact sur la population locale ?

Sommes-nous vraiment en train d’ôter le quinoa de la bouche des Péruviens et des Boliviens ? Non, selon The Economist, qui constate que la flambée des prix du quinoa a été plus rapide que la baisse de la consommation de cette graine au Pérou et en Bolivie. L’hebdomadaire britannique en déduit que l’appétit occidental pour le quinoa n’enlève rien aux pays producteurs. Il cite Andrew Stevens, un professeur de l’université de Californie, qui estime qu’environ 0,5 % des Péruviens utilisent le quinoa comme aliment de base. La hausse des prix ne les impacte guère.

Au contraire, la flambée des prix du quinoa a donné un coup de pouce aux revenus des producteurs locaux. Et tout le monde en profite, même ceux qui ne le cultivent pas. The Economist rapporte qu’à chaque augmentation des prix de 25 %, le pouvoir d’achat des ménages bondit d’1,75 %.

Des grains de quinoa. (Photo : David Mercado/Reuters)

Chacun son assiette, chacun son quinoa

Il semble aussi que le quinoa consommé dans les pays producteurs ne soit pas le même que celui que l’on trouve dans les rayons européens. Didier Bazile, agroécologue au Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad), explique à ce sujet dans 20 minutes que « les producteurs de quinoa continuent à en consommer et à cultiver des variétés anciennes qui ne sont pas exportées. Le quinoa produit ailleurs que dans l’Altiplano n’est pas de la même variété et n’est pas exporté ».

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