La corruption endémique freine les investisseurs

A Lima, le scandale Odebrecht qui touche le président Kuzcynski reste dans tous les esprits. Ce qui gêne les investisseurs étrangers.

 

source : lesechos

par MICHEL DE GRANDI

Après le Chili, où il s’est notamment rendu auprès des Indiens Mapuche qui accusent Santiago de leur prendre leurs terres, le pape François a choisi de changer de registre et de s’en prendre à la corruption lors de son étape au Pérou. Un choix qui ne doit rien au hasard puisque le voyage du chef de l’Eglise catholique intervient deux semaines à peine après le tollé provoqué par la grâce surprise accordée par le président  Pedro Pablo Kuzcynski à son prédécesseur Alberto Fujimori (1990-2000).

Cette décision a provoqué une crise politique avec plusieurs démissions au sein du gouvernement tout en suscitant de vives protestations parmi la population. Non sans fondement puisqu’ Alberto Fujimori a été condamné à vie pour corruption et crimes contre l’humanité. Officiellement, sa libération est due à son état de santé.

En fait, celle-ci est intervenue au moment où le président Kuzcynski, lui-même, était menacé en décembre de destitution pour corruption. Le nom du chef de l’Etat en exercice apparaît dans les nombreuses ramifications du dossier Odebrecht, ce groupe de BTP dont les pots-de-vin versés aux politiques et aux fonctionnaires dépassent largement les frontières du Brésil dont il est originaire.

Onde de choc

L’onde de choc de cette affaire va bien au-delà de l’exécutif péruvien, car c’est toute la confiance dans le système de ce pays de 30 millions d’habitants qui se trouve menacée. « Les années 2018 et 2019 risquent d’être tumultueuses » pour le Pérou car « la situation actuelle peut engendrer une crise de confiance des investisseurs et peser sur la croissance », note Hélène Drouot, économiste chez BNP-Paribas.

Après treize trimestres consécutifs de recul, le Pérou table effectivement sur la reprise de l’investissement (+5,3 % au troisième trimestre de 2017) pour relancer sa croissance. Outre le secteur minier, le pays a lancé un ambitieux programme de modernisation de ses infrastructures, notamment dans les transports, et compte pour cela attirer les investisseurs étrangers au travers de partenariats public-privé (PPP). Le Pérou a beau avoir été, dès 2008, l’un des premiers pays d’Amérique latine à se doter d’un cadre juridique concernant ces montages mixtes, puis avoir toiletté les textes en 2015 afin d’introduire davantage de transparence, les investisseurs étrangers se montrent aujourd’hui encore très prudents.

En cause, ces affaires de corruption et principalement celle d’Odebrecht qui ont durablement terni l’image du pays. Résultat, les montants investis ne cessent de se contracter : après -6,1 % au dernier trimestre de 2016, puis -5,6 % au cours des trois premiers mois de 2017, le recul a atteint 5,1 % au trimestre suivant.

 

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