Des créanciers s’opposent à l’entrée du Pérou dans l’OCDE

Ils réclament le paiement de 5 milliards de dollars d’obligations liées à la réforme agraire de 1969.

source : le figaro

En 1969, plus de 9 millions d’hectares ont été redistribués aux paysans péruviens et à des coopératives.

AMÉRIQUE LATINE Rembourser 5 milliards de dollars de dette avant d’adhérer à l’OCDE ? C’est la condition que des milliers de créanciers, lésés par la réforme agraire de 1969, voudraient imposer au Pérou. Selon une information du Figaro, ils adresseront à Angel Gurria, secrétaire général de l’Organisation de coopération et de développement économiques basée à Paris, un rapport assurant que l’État latino-américain n’est « pas un candidat viable » pour intégrer « le club des grandes économies mondiales ».

Près de cinquante ans après sa grande réforme agraire, le pays n’a toujours pas acquitté la dette contractée lors de l’expulsion des propriétaires terriens. Celle-ci a été décidée par le général Juan Velasco Alvarado, arrivé au pouvoir en 1968 grâce à un coup d’État. Il avait décidé d’éliminer les grandes haciendas pour redistribuer la terre aux paysans et à des coopératives. Au total, plus de 9 millions d’hectares, soit une surface équivalente à la taille du Portugal, ont été retirés à quelque 16 000 propriétaires entre 1969 et 1979. En échange, ces patrons de latifundia ont reçu des obligations pour une valeur représentant alors 3 % du PIB péruvien. Ces titres, émis à l’origine pour une durée de 10 à 30 ans, sont aujourd’hui détenus par plusieurs milliers de Péruviens et par quelque 200 fonds de retraite américains.

Dévaluations successives

L’État, qui a cessé les remboursements à la fin des années 1980, n’a pas honoré ses dettes, soude tiennent les créanciers regroupés au sein d’associations péruviennes et américaines (Asociacion de bonistas de la deuda agraria del Peru, etc.). À l’appui de leurs dires, un rapport réalisé par Hans Blommestein, qui a été directeur de la gestion des dettes publiques de l’OCDE 2000 à 2015. Selon cet économiste, le Pérou, en défaut de paiement sur ces obligations souveraines (des dettes qu’il s’est par ailleurs gardé de déclarer aux organismes internationaux tels que le FMI), « ne satisfait pas certaines conditions requises pour devenir membre de l’OCDE ». Le Pérou a, en outre, « des lacunes notoires en matière de droits de l’homme » puisqu’il a omis de rembourser ses créances en dépit de plusieurs décisions de la justice péruvienne. Le rapport pointe aussi l’attitude du président du Pérou, Pedro Pablo Kuczynski. Pour ne pas rembourser ces obligations, celui-ci s’appuie « sur une décision frauduleuse du tribunal constitutionnel (de 2013), qui fait l’objet d’une enquête criminelle ».

La dette, dont les associations réclament le paiement, a subi le contrecoup de dévaluations successives, dues à une inflation élevée, et sa valeur a été divisée par un million, détaille le rapport. Elle s’élève aujourd’hui, selon les créanciers, à environ 5 milliards de dollars (4,2 milliards d’euros), soit 2,6 % du PIB péruvien. Aidée par les réformes mises en place notamment par le président Alberto Fujimori, l’économie du pays a décollé depuis vingt ans et son PIB par habitant s’élevait en 2016 à près de 6 000 dollars. Un montant faible, comparé à l’Argentine (13 000 dollars) et au Brésil (9 000), mais suffisamment élevé, assure le président Pedro Pablo Kuczynski, pour permettre au Pérou d’adhérer à l’OCDE d’ici à 2021. Un niveau de richesse assez important, estiment de leur côté les détenteurs d’obligations, pour laisser l’État rembourser sa dette.

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