CRISE INSTITUTIONNELLE TENTACULAIRE AU PÉROU

Le président Vizcarra annonce des réformes politico-judiciaires pour tenter de juguler les affaires de corruption qui touchent tous les pouvoirs.

source : humanité.fr

par Cathy Dos Santos

Président sur des charbons ardents, Martin Vizcarra joue son va-tout. De manière très solennelle, il a annoncé samedi une série de réformes judiciaires et politiques qu’il entend soumettre à référendum populaire, espérant ainsi atténuer la défiance d’une opinion publique très remontée contre les scandales de corruption qui éclaboussent toutes les institutions. Le chef de l’État a avancé la création d’un parquet anticorruption et des sanctions accrues contre les magistrats aux pratiques véreuses. Les Péruviens pourraient également être amenés à se prononcer sur la limitation du nombre des mandats des parlementaires et sur la mise en place d’un parlement bicaméral.

« Le système judiciaire s’est effondré et (…) ce problème ne date pas d’aujourd’hui, il est structurel, a-t-il déclaré. Comme président je fais tout, absolument tout ce qui est constitutionnellement possible. (…) Je n’ai pas assumé la présidence pour occuper seulement un siège. »

DÉMISSIONS EN SÉRIE

La situation est des plus critiques. Le pouvoir judiciaire se trouve en « état d’urgence » pour une durée de 90 jours depuis le 19 juillet, suite à la démission du président de la Cour suprême, Duberli Rodriguez. Ce geste était censé endiguer une grosse affaire de trafic d’influence révélée quelques semaines plus tôt par le site d’investigation IDL-­Reporteros, qui a posté des conversations téléphoniques dans lesquelles des magistrats discutaient, entre autres, d’éventuelles faveurs à accorder à des criminels en échange de pots-de-vin. Dès le 19 juillet, des milliers de Péruviens descendaient dans les rues de Lima aux cris de « Dégagez tous les corrompus » ou encore « Stop la corruption ! Notre honte nationale ».

Trois jours plus tard, c’est le président du Conseil national de la magistrature, chargé de nommer les juges et les procureurs, Orlando Velasquez, qui jetait l’éponge, suivi du ministre de la Justice, Salvador Heresi. Vendredi encore, de nouvelles manifestations ont eu lieu dans la capitale.

En réponse au discrédit qui touche le pouvoir législatif et exécutif, le président Vizcarra a également précisé que le financement privé des partis politiques ferait l’objet d’une refonte. Car la crise institutionnelle est tentaculaire. En mars, son prédécesseur, Pedro Pablo Kuczynski, a été acculé vers la sortie pour avoir dissimulé des relations douteuses avec la société brésilienne Odebrecht, au cœur d’un gigantesque scandale de corruption après avoir financé plusieurs campagnes de chefs d’État latino-américains.

 
 

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