Défaite du fujimorisme, un oppresseur et une secte évangélique en tête

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Daniel Urresti a gagné en répétant ses messages de fermeté envers la délinquance. Les élections législatives ont soulevé des inquiétudes : un ex-général accusé d’assassinat est arrivé en tête. Un parti xénophobe favorable à la peine de mort est arrivé troisième et une secte évangélique seconde.

par Par Carlos Noriega

source : bolivarinfos

Les élections législatives de dimanche ont provoqué plusieurs surprises et inquiétudes : un oppresseur accusé d’assassinat en tête, l’apparition en troisième position d’un parti radical xénophobe et favorable à la peine de mort lié à l’ex-militaire emprisonné Antauro Humala, frère de l’ex-président Ollanta Humala et l’irruption en seconde position d’une secte évangélique ultra-conservatrice. Un scénario compliqué pour un nouveau Congrès atomisé dans lequel il y aurait 10 groupes pour 130 sièges. La première force parlementaire, le parti Action Populaire, de centre-droite, aura seulement 24 députés.

L’oppresseur devenu député avec le plus grand nombre de voix est l’ex-général et ex-ministre de l’Intérieur Daniel Urresti. Sa sombre histoire est liée au conflit armé entre l’Etat et le groupe maoïste Sentier Lumineux qui a fait 70 000 morts. Urresti a été envoyé, dans les années 80, en tant que capitaine de l’Armée à Ayacucho, la zone des Andes où est né le Sentier Lumineux et qui a été l’épicentre du conflit. Il a pris la direction du Renseignement, un poste clef pour les opérations militaires. C’était une époque où les enlèvements, les tortures, les disparitions, les exécutions extrajudiciaires et les tueries de communautés paysannes commis par des militaires et des membres du Sentier étaient monnaie courante dans cette région.

En novembre 1988, le journaliste Hugo Bustíos est assassiné parles militaires. Il est criblé de balles et ensuite on l’a fait exploser avec une grenade dans une zone rurale d’Ayacucho alors qu’il allait à moto couvrir l’assassinat de 2 personnes. Les militaires, qui avaient connaissance de son voyage, l’avaient attendu. Plusieurs témoignages impliquent Urresti dans ce crime car en tant que chef du renseignement, il avait un important poste de commandement. Une paysanne qui vivait près du lieu du crime, l’a accusé de l’avoir violée et menacé de la tuer si elle parlait, le jour même de l’assassinat du journaliste. Celui qui est aujourd’hui député nie les faits et qualifie ses accusateurs de « délinquants » et de « terroristes. »

Après de longues années d’impunité, Urresti a été jugé mais en 2018, il a été acquitté. Cependant, la Cour Suprême a annulé le jugement à cause d’une série d’illégalités et le militaire devra être rejugé mais maintenant, ce ne sera plus possible parce qu’il est protégé par l’immunité parlementaire.

Urresti a été ministre de l’Intérieur de l’ex-président Ollanta Humala (2011-2016), un poste d’où il a commencé à construire une image de combattant contre l’insécurité des citoyens, un aspect important pour sa victoire aux élections de dimanche. Il s’est composé cette image grâce à des opérations de police très spectaculaires et à leur diffusion dans les médias. En octobre 2018, il a postulé à la mairie de Lima, avec un message de fermeté contre la délinquance et il a été second. Il a été battu mais il avait commencé à se construire une base électorale.

Maintenant, Urresti a gagné les élections législatives en répétant ses messages de fermeté envers la délinquance. Il a postulé en tant que tête de liste pour le parti Podemos Perú, un nouveau parti formé par le patron contesté José Luna, devenu millionnaire dans le négoce de l’éducation universitaire de basse qualité et accusé dans plusieurs affaires de corruption. Lors de ses premières déclarations après son élection, Urresti a cherché à se rapprocher du Gouvernement de Martín Vizcarra en lui apportant son soutien. Après cette victoire aux élections, l’oppresseur se place comme candidat éventuel aux élections présidentielles d’avril 2021.

Un autre qui souhaite être candidat en 2021 est Antauro Humala. Le parti Union pour le Pérou (UPP), qui soutient Antauro est devenu la troisième force du Congrès avec 17 sièges. Mais pour Antauro, c’est compliqué parce qu’il est en prison, condamné pour l’attaque d’un commissariat qui a fait 4 morts parmi les policiers en janvier 2005, lors d’une tentative ratée de renversement du président Alejandro Toledo (2001-2006). Il sortira en 2024 et ne pourra donc pas être candidat. Mais l’UPP a annoncé qu’il utiliserait sa force au Parlement pour demander la libération d’Antauro et qu’il soit autorisé à être candidat.

L’UPP a surpris par les voix qu’il a recueillies dans les zones rurales les plus pauvres. Antauro et les membres de l’UPP attaquent le modèle néolibéral et se disent de gauche mais ils ont des positions qui les situent à l’extrême-droite : ils tiennent un discours xénophobe – ils proposent d’interdire qu’on donne du travail aux étrangers -, exigent la peine de mort et que les militaires aillent dans les rues assurer la sécurité. Homophobe, une fois Antauro a proposé de fusiller les homosexuels. Cet étrange personnage, à la fois pittoresque et dangereux, est l’autre grand gagnant, avec l’oppresseur Urresti, des élections législatives de dimanche.

Il y a aussi la surprise causée par la secte évangélique Mission Israélite du Nouveau Pacte Universel qui, grâce au Front Populaire Agricole du Pérou (FREPAP), a laissé tout le monde sans voix en obtenant la deuxième place avec 8,9% des voix. Jusqu’à dimanche, personne ne la prenait au sérieux. Elle se fait appeler « israélites » et sa plus forte présence se situe dans les zones rurales, en particulier dans l’Amazonie et dans les Andes.

« Les homosexuels ont le mal chevillé au corps et dans le sang mais ils vont avoir l’occasion de connaître le décalogue universel et grâce à lui, ils vont entrer dans le droit chemin. Notre seigneur, le Dieu d’Israël a créé l’homme et la femme. Nous instaurerons dans les collèges une éducation morale, » a déclaré le porte-parole des israélites, Wilmer Cayllahua, après le résultat des élections. Il sera probablement au Congrès.

Le fujimorisme, durement vaincu, a déjà commencé à chercher des accords avec cette secte messianique et ultra-conservatrice.

Après la montée du FREPAP, que sait-on de la congrégation religieuse qui soutient ce parti ?

L’Association Evangélique de la Mission Israélite du Nouveau Pacte Universel a été fondée par Ezequiel Ataucusi. Les premiers membres de l’ AEMINPU étaient des paysans émigrés qui ont vécu une situation socio-économique difficile en 1968.

Les élections législatives de dimanche dernier ont apporté de nombreuses surprises comme la montée de l’organisation politique Front Populaire Agricole FIA du Pérou (FREPAP). Ce parti a obtenu 8.8% des voix aux élections de 2020, selon le second flash d’América TV – Ipsos Pérou. Face à ce panorama, il faut connaître l’Association Evangélique de la Mission Israélite du Nouveau Pacte Universel (AEMINPU).

Le parti politique FREPAP qui revient dans l’arène politique après 20 ans de repli vers des gouvernements régionaux, a un fond religieux et messianique andin. Les électeurs qui sont nés au cours du nouveau millénaire ne connaissent peut-être pas Ezequiel Ataucusi.

Avant la mort du fondateur, Ezequiel Ataucusi, dirigeant et mentor des adeptes de cette organisation politique, seuls 5 personnalités politiques ont pu participer aux décisions du Pérou. Rappelons qu’avant l’an 2000, les « petits poissons » ont obtenu 2 sièges à l’Assemblée Constituante de 1992, 1 au Congrès de 1995 et 2 à celui de 2000 qui n’a duré qu’un an.

Cette évolution politique n’a pas été constante car, après la mort du dirigeant du FREPAP, l’organisation politique n’a obtenu que le gouvernement de districts de l’intérieur du pays. Il faut dire que l’installation de panneaux électoraux comme condition pour entrer au Congrès a été déterminante pour que sa vacance soit prononcée.

Ce groupe religieux a été fondé le 27 octobre 1968 mais l’Etat ne l’a reconnu légalement qu’11 mois plus tard, le 26 septembre 1969. Les partisans de l’AEMINPU avaient la dénomination « d’israélites » mais pour les personnes d’autres mouvements les appelaient Ataucusis et c’est ce nom qui est utilisé encore aujourd’hui pour parler des membres de cette congrégation.

A ses débuts, l’AEMINPU proclamait l’imminence de la fin du monde vers l’an 2000, et prônait l’instauration d’un gouvernement théocratique sur la Terre dans lequel Ataucusi gouvernerait en tant que représentant de Dieu.

Le mouvement millénariste et messianique s’est déchaîné contre la réforme agraire de 1968. La situation dans laquelle il se trouvait tournait autour de mobilisations paysannes. Les migrations de paysans vers la ville étaient fréquentes.

Les besoins insatisfaits et la situation socio-économique des nouveaux citadins a été déterminante pour qu’ils rejoignent l’idéologie d’Ataucusi qui leur offrait un nouveau groupe de référence dans lequel reconstruire des relations sociales.

L’organigramme de l’AEMINPU se divise de la façon suivante : l’organisation ecclésiastique, l’organisation administrative et l’organisation politique. Ces 3 parties sont la colonne vertébrale de la congrégation religieuse. Il faut préciser que le dernier axe porte le nom de FREPAP, le parti qui a décollé lors de ces élections législatives.

L’Association Evangélique de la Mission Israélite du Nouveau Pacte Universel a un syncrétisme doctrinal dans lequel se combinent des composantes catholiques et protestantes avec d’anciens dogmes incas. S’y ajoutent des thèses de l’Ancien Testament avec des noms comme « Mission israélite », et « nouveau pacte. » Parmi leurs croyances, ses adeptes ont l’habitude de respecter les nouveaux 10 Commandements écrits par son fondateur, de continuer à considérer le samedi comme le 7° jour de la semaine, les hommes doivent porter une longue barbe, avoir les cheveux longs, utiliser des tuniques, etc…

L’organisation ecclésiastique traite les affaires concernant les liturgies et les prêtres. Pour sa part, l’organisation administrative aborde toutes les affaires de la compétence légale de la congrégation religieuse, a des présidents, des conseillers et des secrétaires.

Le Front Populaire Agricole FIA du Pérou (FREPAP) est le nom qui est utilisé en politique. Ce parti participe aux élections à tous les niveaux (élections présidentielles, régionales, provinciales et municipales).

traduction Françoise Lopez pour Bolivar Infos

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