Domestiques en Amérique latine: proximité familiale et lente conquête de droits

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Comme Cleo, le personnage du film mexicain à succès « Roma », Ignacia Ponciano lave sols, vaisselle, vêtements, dans une famille de la classe moyenne qu’elle considère comme la sienne.

source : RTL.be

En Amérique latine, des millions d’employées de maison qui ont longtemps vécu cette relation particulière où s’entremêlent travail et vie personnelle, acquièrent peu à peu des droits.

« Nacha » comme l’appellent ses proches, est arrivée dans la maison de la famille Rodriguez il y a 30 ans, elle avait 19 ans. Elle venait de quitter son village de San Diego Xuchitepec, de l’Etat de Mexico, pour chercher du travail dans la capitale. Elle a trouvé à la fois un emploi et un foyer.

Quand elle est arrivée « sans savoir rien faire », elle a d’abord fait le ménage, la cuisine, puis s’est aussi occupée de Penelope, la fille de sa patronne Elizabeth, séparée de son mari et qui vivait avec sa soeur. Pour toutes, elle est devenue une proche de confiance.

Cette proximité a longtemps été à la base de la relation de travail des employées de maison. Mais les choses sont en train de changer : les « muchachas » (filles) acquièrent des droits pour se protéger.

Selon l’Organisation internationale du travail (OIT), l’Amérique latine compte 18 millions d’employées domestiques, dont 93% de femmes. Ces emplois sont à 77% informels et le secteur souffre « d’un des plus importants déficits en matière de conditions de travail décentes »: peu d’affiliation à la sécurité sociale, revenus faibles, manque de contrôles et de représentation syndicale.

– Relations impersonnelles –

Avec l’évolution des mentalités et de la législation, les employées vivant à demeure chez leurs patrons sont devenues rares. Cela se voit dans les habitations.

Selon Lourdes Cruz Gonzalez Franco, chercheuse à l’Université nationale de Mexico (UNAM), les plans conçus par les architectes ne proposent plus systématiquement une chambre pour l’employée. « On ne peut pas généraliser, car les +chambres de service+ sont toujours présentes dans les constructions destinées à la classe supérieure, mais les familles ont tendance à s’en passer ou à les destiner à d’autres usages », souligne-t-elle.

A la différence de qui est montré dans le film d’Alfonso Cuaron (nommé dans 10 catégories, dont celles de meilleur film et de meilleur réalisateur, pour les Oscars attribués dimanche aux Etats-Unis) dont l’histoire se déroule dans les années 1970, les employées de maison travaillent aujourd’hui pour la plupart quelques heures dans différentes familles, et le travail de ménage et celui de garde d’enfants sont de plus en plus séparés.

Brésil, Chili, Colombie, Equateur, Salvador, Nicaragua, Paraguay, Pérou, Uruguay et Venezuela ont instauré ces dernières années un salaire minimum et d’autres droits, même si dans la pratique les choses avancent à des rythmes différents.

En décembre, la Cour suprême mexicaine a, par exemple, obligé les employeurs à inscrire dans les trois ans leurs domestiques au système de sécurité sociale.

Mais la loi ne suffit pas toujours. En Argentine, même si la loi leur accorde les même droits qu’aux autres travailleurs (heures supplémentaires, congés maternité, etc.), 57% des employées travaillent toujours de manière informelle.

Les difficultés économiques et sociales n’aident pas. Au Brésil, où un amendement constitutionnel a été voté en 2013 pour améliorer leurs droits, la récession de 2015-2016, a eu un impact négatif : près d’un tiers des 6,2 millions de domestiques travaillent toujours dans le secteur informel.

– Migrantes vénézuéliennes –

De la même façon, la grave crise économique au Venezuela, jadis pays le plus riche d’Amérique latine, frappe de plein fouet les employées de maison. Bien qu’elle soit couverte par le droit du travail depuis 2012, Marbelis Martinez, 41 ans, ne peut guère acheter que « la moitié d’une boîte d’œufs » avec son salaire.

L’exode d’un million de Vénézuéliens en Colombie a renforcé la précarité de ces emplois. Malgré la protection sociale en vigueur, 61% des 750.000 employées de maison dans le pays gagnent moins que le salaire minimum (245 dollars), selon l’Observatoire du travail de l’Université del Rosario à Bogota.

Aux Etats-Unis, où vivent de nombreux latino-américains, une enquête du syndicat national des employées domestiques montre qu’elles sont « exposées aux caprices de leurs employeurs » : 23% ont été renvoyées après s’être plaintes de leurs conditions de travail et 18% après avoir dénoncé le non-respect de leur contrat.

Mais beaucoup d’autres, qui n’ont pas de papiers, n’osent rien dire.

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