En Amérique latine, le Covid-19 décime les communautés indigènes

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Abandonnés par les gouvernements et potentiellement plus fragiles faute de défenses immunitaires suffisantes, les communautés indigènes d’Amérique latine sont en train d’être décimées par la pandémie de nouveau coronavirus.

source : journaldemontreal.com

L’annonce du décès la semaine dernière du cacique brésilien Paulinho Paiakan, l’un des plus ardents défenseurs de la forêt amazonienne, après avoir été contaminé par le Covid-19, a mis un visage sur ce phénomène. 

De nombreux peuples amérindiens sont touchés parmi les 420 qui vivent dans le bassin amazonien. Cette vaste région, traversée par le fleuve Amazone et ses affluents, est à cheval sur neuf pays. 

Le décès de Paulinho Paiakan dans un hôpital de Redencao vient s’ajouter aux près de 300 morts qui endeuillent 100 communautés au Brésil, selon l’APIB, l’Association des peuples indigènes de ce pays, soit cinq fois plus de décès qu’en 2019.

L’APIB accuse le gouvernement du président d’extrême droite Jair Bolsonaro de n’avoir « rien fait » pour contenir l’avancée du virus dans les villages, où vivent 750 000 autochtones, dont près de 5 500 ont été contaminés par le Covid-19. 

« S’il avait adopté des mesures préventives depuis le début, on aurait évité autant de morts », affirme la coordinatrice de cet organisme, Sonia Guajajara, dans un podcast de l’ONG Institut socio-environnemental (ISA).

Le photographe franco-brésilien Sebastiao Salgado, a qualifié de « génocide » le manque de réaction de l’État, tandis que le cacique Raoni, porte-parole emblématique des indigènes d’Amazonie, accuse le président Bolsonaro de « profiter » de la pandémie pour éliminer son peuple.  

Les indigènes vivent depuis des siècles sous la menace des maladies infectieuses. On estime que leur population en Amérique du sud a chuté d’un quart entre 1492 et 1650, en raison de l’introduction soudaine de virus et de bactéries transmis par les colonisateurs européens. 

Ces maladies ont fait des ravages parmi les habitants du « Nouveau monde » qui n’avaient jamais été exposés à celles-ci et n’avaient donc développé aucune immunité contre elles.

« Inquiétant »

L’Organisation panaméricaine de la santé (OPS) avance le chiffre d’au moins 20 000 indigènes infectés. 

« Ces groupes vivent tant dans des villages isolés avec un accès minimum aux services de santé que dans des villes densément peuplées, comme Manaus (Brésil), Iquitos (Pérou) ou Leticia (Colombie) », explique la directrice de l’OPS Clarissa Etienne.

À la frontière entre le Brésil et le Venezuela se trouvent les terres des Yanomami, où opèrent environ 20 000 orpailleurs, selon l’ONG Survival International. Ce peuple, qui craint que ces allées et venues ne contribuent à propager le virus, exige l’expulsion de ces chercheurs d’or illégaux.  

Selon une étude de l’université fédérale de Minas Gerais (UFMG), faute de mesures, 40% des Yanomami vivant à proximité des zones d’orpaillage (près de 14 000) pourraient contracter le coronavirus. 

Dans l’État brésilien d’Acre, à la frontière avec le Pérou, sont installés 15 000 indigènes Huni kui répartis en 104 villages. Le virus y a déjà fait cinq morts. 

La perte des sages

Avec un couvre-chef en plumes, un collier de canines sur son torse et un masque chirurgical, Remberto Cahuamari, chef de la communauté ticuna, dans le département colombien de l’Amazonas, craint que la disparition des « anciens », à cause du Covid-19, ne mette en péril la transmission du savoir. 

« S’ils venaient à tous s’éteindre, nous resterions avec nos jeunes qui, à l’avenir, ignoreraient tout de notre culture, de nos us et coutumes. C’est cela que nous craignons », dit-il à l’AFP.  

Un homme au visage recouvert par un masque chirurgical et une visière de protection en plastique transparent et armé d’un bâton, surveille, stoïque, l’accès à ce village. On ne peut y arriver qu’en pirogue par le Tucushira, un des plus de mille affluents de l’Amazone.

Située à la pointe sud de la Colombie, cette région à la croisée de trois pays, pauvre et dépeuplée, affiche un taux de 320 cas de Covid-19 pour 10.000 habitants, soit la pire du pays, et de 954 décès pour un million de personnes, contre 33 pour un million, la moyenne nationale.

L’Organisation nationale indigène de Colombie, qui fait état de 33 peuples touchés par la pandémie, dénonce le « risque d’extinction » pour certains. 

Cette vaste zone n’est pas connectée par la route avec le reste du pays et ne compte qu’un hôpital public, mais sans unité de soins intensifs. 

À cause du désintérêt de l’État, de la dénutrition et de la pauvreté, « lorsque le Covid-19 arrive, nos défenses (immunitaires) sont à plat », explique à l’AFP Armando Wooriyu, responsable de l’IEANPE, organisme chargé de faire le lien avec les autochtones dans le cadre de la mise en place de l’accord de paix en Colombie.

Pour affronter la pandémie, certaines communautés se sont déplacées dans des zones encore plus reculées, d’autres ont bloqué les accès à leur village et se sont tournées vers la médecine traditionnelle, explique-t-il.

La situation est la même en Équateur, en Bolivie et au Pérou, où dans la région de Loreto, en pleine jungle péruvienne, près de 1 500 indigènes Achuar, Awajun, Cocama, Shipibo et Ticunas sont infectés, dont au moins 14 sont morts, selon les autorités. 

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