Des fragments de textes vieux de 300 ans retrouvés dans l’épave du navire de Barbe Noire

Après trois siècles passés sous la mer, de fragiles fragments de papier provenant du plus célèbre des bateaux du pirate Barbe Noire, ont pu être sauvés.

 

 

source : sciencesetavenir

par Bernadette Arnaud

On sait que les pirates chantaient une bouteille de rhum à la main… mais lisaient-ils ? Grâce à une récente découverte, les chercheurs ont acquis une certitude: s’ils n’avaient pas de goût particulier pour la lecture, ils utilisaient des pages de livres pour charger leurs armes ! Pour preuve, les 16 minuscules fragments de papier récupérés en 2016 parmi les vestiges boueux d’éléments d’armes à feu remontés de l’épave du Queen Anne’s Revenge, le navire amiral de l’un des plus célèbres pirates britanniques du XVIIe-XVIIIe siècle, Edward Teach, plus connu sous le nom de Barbe Noire* (lire encadré).

Après trois siècles passés sous les eaux dans l’épave du bâtiment découvert en 1996 au large de la Caroline du Nord (Etats-Unis), ces confettis qui se décomposent généralement très vite au fond des mers, ont pu être sauvés d’une destruction totale. Ceci grâce aux efforts conjugués des conservateurs du Laboratoire des ressources naturelles et culturelles de Greenville, en Caroline du Nord, associés aux experts en conservation du papier, et chercheurs de l’université du Delaware (Newark) du programme Winterthur spécialisés dans les encres et les textes.

Fragments de papier couverts de vase retrouvés à l’intérieur d’une chambre de culasse d’arme à feu remontée de l’épave du navire de Barbe Noire. © Courtesy of the North Carolina Department of Natural and Cultural Resources

Ces amas de papier et chiffons ont été découverts dans la chambre de culasse d’une arme à feu », explique Erik Farrel, conservateur au Queen Anne’s Revenge Lab, joint par Sciences et Avenir. C’est lors du nettoyage du bloc métallique recouvert de concrétions que les fragments de papier sans doute utilisés comme bourre ont été retrouvés à l’arrière de l’arme, derrière le canon, où ils assuraient une meilleure étanchéité du mécanisme d’explosion lors du tir.

Une fois la désintégration de ces fragiles documents jugulés, les chercheurs ont constaté que du texte imprimé était encore visible sur sept des échantillons sauvegardés ! Mais les quelques mots repérés allaient-ils permettre d’identifier le texte d’origine ? Un défi relevé haut la main.

Parmi les 16 fragments de papier sauvés et restaurés, le mot « Hilo » a conduit les chercheurs à retrouver le texte d’origine, un livre d’Edward Cooke, daté de 1712. © Courtesy of the North Carolina Department of Natural and Cultural Resources

Tels des détectives, les scientifiques se sont attelés à la tâche durant des mois. Après avoir isolé plusieurs mots, en particulier celui de « Hilo », une ville du Pérou, qui leur a permis de déterminer que ces passages provenaient d’une première édition du Voyage à la mer du Sud* du capitaine Edward Cooke publié en 1712. Un récit qui décrivait l’expédition menée par le capitaine anglais Woode Rogers, dont le point d’orgue était le sauvetage d’un marin écossais du nom d’Alexander Selkirk, retrouvé sur l’île Juan Fernandez, où il avait été abandonné pendant quatre ans et douze et jours. Autrement dit, l’histoire qui sera à l’origine du célèbre roman Robinson Crusoé, publié par Daniel Defoe en 1719 !

C’est la première fois que l’on retrouve des vestiges de livres sur un navire pirate, qui plus est celui du terrible Barbe Noire ! Des textes pour faire parler la poudre !

* « A Voyage to the South Sean and Round the World, Perform’d in the Years 1708, 1709, 1710, and 1711″, Edward Cooke.

 

Gravure du Pirate Barbe Noire, Capitaine du Queen Ann’s Revenge. ©Courtesy of the North Carolina Department of Natural and Cultural Resources. 

Barbe Noire, un pirate mythique
Connu sous le nom de Barbe Noire, le pirate britannique Edward Teach, sans doute né vers 1660 et que l’on dit éduqué traînait une réputation épouvantable. « Il ornait sa barbe de rubans et de mèches de chanvre, tout en portant un sabre et six pistolets en bandoulière », raconte l’historien Philippe Hrodej, maître de conférences à l’Université de Bretagne Sud. Il sévissait entre les Caraïbes et la côte Atlantique de l’Amérique du Nord. Parmi ses prises les plus prestigieuses figure un bâtiment négrier nantais, le Concorde. Barbe Noire le rebaptise en Queen Ann’s Revenge, lui ajoute  20 canons, et en fait le plus puissant vaisseau de sa flotte avec plus de 300 hommes d’équipage ! Grâce à cette frégate, il s’empare de nombreux navires marchands, qu’il brûle le plus souvent après les avoir pillés. Il semble que Barbe Noire ait volontairement fait échouer leQueen Ann’s Revenge dans les eaux peu profondes de l’anse Beaufort (Caroline du Nord) pour ne conserver qu’un équipage réduit. Il abandonnera ainsi sur une côte déserte de nombreux « Frères de la côte » afin de partager avec le moins d’hommes possible un trésor qu’il disait n’être connu que du seul Diable… Edward Teach, dont la tête est mise à prix, sera tué lors d’une expédition punitive montée contre lui par la Royal Navy le 21 novembre 1718. Sa tête sera exposée, pendue au sommet d’une vergue.

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