Les Fujimori. Grandeur et décadence d’une dynastie japonaise au Pérou

Surnommé le patriarche, l’ancien président sanguinaire du Pérou, Alberto Fujimori, n’est pas en forme. À 79 ans, son cœur le lâche… Dans le clan familial, le fils et la fille se disputent déjà l’héritage et le pouvoir. Cette famille d’origine japonaise n’a pas fini d’empoisonner le Pérou.

source : ouest-france 

En décembre, le président Pedro Pablo Kuczynski, élu en juin 2016, a gracié Alberto Fujimori, condamné à 25 ans pour crime contre l’humanité, dictateur sanguinaire aux méthodes mafieuses de la décennie 1990-2000. Officiellement pour des raisons de santé. À 79 ans, Alberto Fujimori souffre d’arythmie cardiaque, il vient d’être hospitalisé.

En demandant publiquement pardon pour ses crimes, il ouvre la porte à son fils, Kenji, qui veut se présenter à la présidentielle de 2021. À moins que sa sœur Keiko, ex-candidate de 2016, ne l’en empêche…

Dans la famille du clan Fujimori, voici les principaux protagonistes.

Les grands-parents Fujimori

Couple de paysans aventuriers, les Fujimori ont quitté leur île de Kyushu, situé au sud de l’archipel japonais, en 1934. Ils ont choisi le Pérou, premier pays sud-américain à établir des liens avec le Japon et premier à accepter l’immigration japonaise, en 1899. Surtout des bras pour l’agriculture sur la frange côtière du Pacifique.

Cette immigration a perduré jusque dans les années 1930. Elle a dû affronter la vindicte populaire pendant la Seconde Guerre mondiale. Les Japonais-Péruviens, soupçonnés d’être restés fidèles à un Japon belliqueux, ont été internés dans des camps aux États-Unis. Leurs biens ont été confisqués. Les Fujimori, installés à Lima, la capitale, sont les rares à y avoir échappé. Bien qu’ils aient déclaré la naissance de leur fils aîné, Alberto, à l’ambassade du Japon, en 1938, afin qu’il bénéficie de la double nationalité.

Le père, Alberto Fujimori

Alberto Fujimori. L'ex-président du Pérou, condamné pour crimes contre l'humanité commis dans la décennie 1990-2000, a été libéré grâce au pouvoir de son fils.
Alberto Fujimori. L’ex-président du Pérou, condamné pour crimes contre l’humanité commis dans la décennie 1990-2000, a été libéré grâce au pouvoir de son fils. | Archives AFP

Bon élève, Alberto le fils d’émigré, son diplôme d’ingénieur agronome en poche, poursuit son cursus à l’étranger. En 1970, il apprend le français à Strasbourg et poursuit des études de mathématiques aux États-Unis. À son retour, il devient recteur de la prestigieuse université agraire de la Molina, à Lima.

La gauche révolutionnaire sud-américaine estime qu’il a été « aidé » par ses contacts américains. La preuve, selon elle, le très droitier Fujimori, surnommé El Chino pour ses yeux bridés, ne se sépare plus de son éminence grise, l’ex-capitaine Montesinos, évincé de l’armée en 1976 pour espionnage, au profit de la CIA. Ce dernier deviendra l’exécuteur du régime, le « Raspoutine andin », dès l’élection d’Alberto Fujimori, en 1990.

Le duo connaît son jour de « gloire » le 12 septembre 1992, avec l’arrestation d’Abimaël Guzmán, chef officiel de la guérilla maoïste du Sentier lumineux. Le reste de sa décennie de pouvoir (1990-2000) est désastreux. Dans le viseur de la justice péruvienne dès la fin de son dernier mandat, il fuit au Japon, avec une bonne partie de son clan. Il faudra l’obstination de 227 intellectuels péruviens, dont son opposant de toujours, l’écrivain Mario Vargas Llosa et le poids du juge espagnol Baltasar Garzon, pour que le Japon accepte de l’extrader.

À 77 ans, Fujimori purge une peine de 25 ans pour les massacres perpétrés par ses « escadrons de la mort ». Une vaste enquête est toujours en cours sur les stérilisations forcées de milliers d’Indiennes quechuas. Il a été libéré en décembre, pour raison de santé, mais pas que (voire le chapitre « fils »).

La mère, Susana Higuchi

 

Susana Higuchi, l'ex-épouse d'Alberto Fujimori, également d'origine japonaise, a affirmé avoir été torturée sur ordre de son mari, dans les années 1990.
Susana Higuchi, l’ex-épouse d’Alberto Fujimori, également d’origine japonaise, a affirmé avoir été torturée sur ordre de son mari, dans les années 1990. | Archives AFP

Également d’origine nippone, Susana aurait pu être « heureuse » si son mari « n’avait pas eu une telle soif de pouvoir », a-t-elle déclaré à la télévision nationale péruvienne. C’est elle qui dénonce le scandale de la corruption du clan Fujimori dans les années 1990. Des ONG ont été créées pour détourner les dons et l’argent venant du Japon pour venir en aide à ce pays pauvre, dirigé par un émigré japonais.

Le divorce se passe mal. Susana, femme d’affaires et ingénieure, ose se présenter contre son ex-époux en 1995. Le président fait changer la loi pour l’en empêcher. En 2001, la « brebis galeuse » du clan Fujimori témoigne devant le Congrès. Elle aurait été « enlevée et torturée par les services secrets péruviens », dirigés par Montesinos, ce que nie le reste de la famille.

Les oncles et tantes Fujimori

À la chute d’Alberto Fujimori, trois de ses frères et sœurs, Juana, Rosa et Pedro Fujimori ont fui le pays et la justice péruvienne qui les recherchait pour enrichissement illicite et association de malfaiteurs. Selon des médias péruviens, cet argent dort désormais au chaud, dans des coffres de banque au Japon. Dans l’archipel,le journal The Japan Times révèle que le clan Fujimori dispose toujours d’une maison sur l’île de Kyushu, où l’on a « longtemps considéré Alberto Fujimoro comme un héros ».

La fille, Keiko Fujimori

 

A droite, Keiko Fujimori, la fille aîné des Fujimori, au côté de l'actuel président du Pérou, Pedro Pablo Kuczynski, élu en juin 2016.
A droite, Keiko Fujimori, la fille aîné des Fujimori, au côté de l’actuel président du Pérou, Pedro Pablo Kuczynski, élu en juin 2016. | Archives AFP

Au divorce de ses parents, Keiko Fujimori choisit le camp du père. À peine majeure, maquillée comme une vedette d’Hollywood, elle remplace sa mère au poste de Première dame. Elle a le pouvoir, et ses avantages en nature, et ne le lâchera pas.

En avril 2016, alors que son père est en prison, elle se présente à la présidentielle du Pérou. Malgré de manifestations massives « contre le retour du clan Fujimori » à Lima, elle vire en tête des sondages du second tour le 5 juin.

Il faudra que la représentante de la gauche radicale, Veronika Mendoza, troisième du premier tour, accepte d’inviter les Péruviens à voter pour la politique libérale de Pedro Pablo Kuczynski, pour que le « tout sauf Keiko » l’emporte.

Le fils, Kenji Fujimori

Kenji Fujimori, le jeune fils d'Alberto, est député du parti Force populaire. Il a déjà déclaré son intention de se présenter à la présidentielle de 2021.
Kenji Fujimori, le jeune fils d’Alberto, est député du parti Force populaire. Il a déjà déclaré son intention de se présenter à la présidentielle de 2021. | Archives AFP

 

Très actif en politique, Kenji, le petit frère de Keiko, est l’incarnation de l’enfant gâté. Il avait l’habitude de se promener avec ses amis dans les hélicoptères de l’armée, lorsque son père dirigeait le pays. Il est entré en politique, en 2011, et s’est fait élire député. Il n’a jamais caché ses ambitions : occuper un jour le fauteuil présidentiel.

Lorsque sa grande sœur a failli décrocher le pompon, il l’a fait chuter par un message sur Twitter dans lequel il révélait ses propres intentions de briguer le pouvoir suprême en 2021.

Pire, pour achever sa rivale dans la famille, Kenji s’est allié avec l’actuel président Pedro Pablo Kuczynski, surnommé « PKK ». Si ce dernier obtenait la grâce du patriarche, Alberto, le fils reconnaissant promettait de convaincre des députés de ne pas voter la destitution qui pendait au nez de PKK, le mal aimé.

Les dés sont jetés pour 2021. Kenji Fukimori est dans les starting-blocks et sa grande sœur Keiko fourbit déjà ses armes pour stopper son élan…

1 Comment on

Les Fujimori. Grandeur et décadence d’une dynastie japonaise au Pérou

Fabi said : 4 weeks ago

Fujimori n'a jamais demandé pardon pour ses délits. Écoutez bien la vidéo. Sinon bon portrait d'une famille de délinquants.

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