Il y a 13 millions d’années, ce paresseux a subi la redoutable morsure d’un caïman géant

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Des scientifiques ont mené une nouvelle étude sur un ossement de paresseux âgé de 13 millions d’années découvert au Pérou. Ils y ont constaté la présence de 46 traces de dents qui, selon leurs résultats, auraient été infligées par la morsure d’un crocodilien géant appelé Purussaurus.

source : www.geo.fr

Il y a des millions d’années, la Terre abritait de redoutables prédateurs capables de venir à bout de leur victime en une seule morsure. C’est ce que confirme la découverte annoncée par des chercheurs dans la revue Biology Letters. En menant une nouvelle étude sur un os de paresseux vieux de 13 millions d’années, ils ont conclu que le spécimen avait été victime des crocs d’un crocodilien aussi géant que puissant.

Le fossile en question a été mis au jour en 2004 dans la région du río Napo au nord-est du Pérou. Les observations ont rapidement permis de conclure qu’il s’agissait d’un tibia appartenant à un paresseux terrestre du genre Pseudoprepotherium. Ces mammifères vivaient en Amérique du Sud durant le Miocène moyen et atteignaient des tailles bien supérieures aux paresseux actuels.

L’ossement est apparu très endommagé et un détail particulier a intrigué les paléontologues. Il présentait plusieurs dizaines de traces de dents. Mais il y a quinze ans, les connaissances étaient limitées sur les créatures qui vivaient avec les paresseux à cette époque. Le fossile a ainsi été laissé de côté et a atterri dans les collections du Musée d’histoire naturelle (UNMSM) de Lima au Pérou.

Jusqu’à ce que Rodolfo Salas-Gismondi, chercheur du BioGeoSciences Lab de l’université Cayetano Heredia à Lima et conservateur à l’UNMSM ne décide de le ressortir. Son choix n’était pas injustifié. Entre temps, des recherches avaient montré que les lacs et marécages sud-américains étaient infestés de crocodiliens il y a entre 11 et 20 millions d’années.

« Jusqu’à sept espèces vivaient ensemble dans la région à cette époque« , a expliqué à LiveScience, Rodolfo Salas-Gismondi. Et si l’un d’eux avait infligé les marques observées sur l’os du paresseux ? C’est ainsi que l’enquête du spécialiste et de son collègue François Pujos, paléontologue de l’Instituto Argentino de Nivología, Glaciología y Ciencias Ambientales à Mendoza en Argentine, a démarré.

46 marques de dents et un coupable

Au total, ils ont dénombré pas moins de 46 traces de dents sur l’ossement. Ils ont analysé les caractéristiques des marques – leur forme, leur profondeur ou encore leur disposition – et ont envisagé toute une liste de coupables qui vivaient à cette époque dans l’écosystème péruvien. Mais le tableau a semblé n’en désigner qu’un seul : un crocodilien appelé Purussaurus.

« La dentition et l’anatomie de Purussaurus correspond parfaitement aux marques identifiées sur le tibia« , a confirmé le spécialiste. « La disposition des marques de dents suggère que l’agresseur a attaqué et capturé le paresseux au niveau de sa patte arrière » gauche, écrivent les auteurs dans leur rapport. Et quel agresseur.

Sur le tibia, les chercheurs ont dénombré pas moins de 40 marques de morsure.  © François Pujos and Rodolfo Salas-Gismondi, Biology Letters.

Les précédentes études menées sur des fossiles de Purussaurus ont montré que ces créatures aux allures de caïman pouvaient mesurer plus de dix mètres de long. Elles ont également indiqué qu’au stade adulte, leur morsure pouvait exercer une pression de sept tonnes, soit quatre fois plus que la morsure la plus puissante jamais mesurée dans le règne animal, d’après Rodolfo Salas-Gismondi.

Dans le cas présent, le paresseux semble avoir plutôt eu affaire à un individu jeune ou sub-adulte. La dimension des marques de dents laisse penser qu’il mesurait environ 4 mètres tandis que la proie elle, devait atteindre celle d’un grand capybara, soit environ 80 kilogrammes. Ce qui n’a malheureusement pas suffi pour échapper au prédateur.

Les chercheurs ont en effet décelé des lésions importantes sur l’os. « La morsure a été tellement puissante que les dents ont perforé le tibia et détruit des portions étendues de l’os cortical« , a souligné à CNN, le paléontologue. « Le paresseux n’a [probablement] pas survécu« . Toutefois, difficile d’exclure totalement la possibilité que la morsure ait été infligée après la mort du mammifère.

Un fossile inédit

Quoi qu’il en soit, le fossile livre un aperçu rare de la relation entre un prédateur et une proie qui vivait dans cette région d’Amérique du Sud il y a des millions d’années. Selon Rodolfo Salas-Gismondi, il s’agit du premier tibia de mammifère découvert avec des traces de dents de crocodilien. « Il apparaît donc crucial pour comprendre la dynamique des anciens écosystèmes« , a-t-il affirmé.

Les chercheurs ont comparé les ossements de différents crocodiliens et ont conclu que le prédateur du paresseux était un jeune spécimen d’environ 4 mètres. © François Pujos and Rodolfo Salas-Gismondi, Biology Letters.

Le seul autre fossile témoignant d’une attaque de Purussaurus se trouve également au Pérou, indique l’étude. Il s’agit d’une carapace de tortue aquatique appartenant au genre Podocnemis et portant une marque de morsure étendue sur 60 centimètres. A l’inverse du paresseux, le reptile semble toutefois avoir survécu à l’attaque, bien qu’il ait perdu son membre postérieur gauche.

Ces découvertes éclairent les préférences alimentaires du caïman géant et suggèrent qu’il s’attaquait à une grande variété de proies, des poissons, des dinosaures, des tortues mais aussi des mammifères. « Avec cette force de morsure, les Purussaurus adultes pouvaient incorporer n’importe quoi dans leur régime alimentaire, peu importe la taille et la résistance« , a conclu le paléontologue.

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