KEIKO FUJIMORI EN PRISON, L’HEURE DE SON FRÈRE KENJI A-T-ELLE SONNÉ?

Keiko Fujimori en prison, qui lui succédera à la tête du fujimorisme, plus grande force politique du Pérou: son rival et frère cadet Kenji ou quelqu’un d’extérieur à cette famille d’origine japonaise, omniprésente au sein du pouvoir depuis trente ans?

source : justiceinfo.net

« Avec Keiko, il n’y a pas d’avenir politique pour le fujimorisme », tranche le politologue Juan Carlos Tafur en référence au placement en détention préventive fin octobre, de Mme Fujimori, 43 ans, pour une durée de trois ans.

La fille aînée de l’ex-président Alberto Fujimori (1990-2000), est accusée d’avoir reçu de manière illicite 1,2 million de dollars (1,05 million d’euros) pour sa campagne électorale de 2011 de la part d’Odebrecht, le géant brésilien du BTP qui a versé des pots-de-vin pour obtenir des chantiers en Amérique latine.

Outre qu’elle risque 20 ans de prison si elle est reconnue coupable, cette décision pourrait empêcher la cheffe de l’opposition de se présenter à l’élection présidentielle de 2021. Son avocate a fait appel.

Jusqu’à présent, « Keiko », comme on l’appelle au Pérou, tenait les rênes du fujimorisme, le courant politique fondé par son père, mélange de populisme autoritaire, de conservatisme sociétal et de libéralisme économique.

Depuis son passage à la tête du pays, Alberto Fujimori a conservé une certaine popularité pour avoir mis fin à la guérilla maoïste du Sentier lumineux et à l’hyperinflation. Son aînée, dont le prénom signifie « fille bénie » en japonais, a surfé sur cette popularité.

Mais ces dernières années, l’étoile de l’héritière semble avoir pâli. Après une défaite à la présidentielle de 2011 sous les couleurs du parti Fuerza popular (droite populiste) qu’elle a fondé en 2010, elle s’est de nouveau inclinée lors du scrutin de 2016, à chaque fois de justesse au second tour.

Le tout sur fond de rivalité avec son petit frère, Kenji, 38 ans, devenu progressivement une personnalité politique de premier plan. En 2016, alors que sa soeur échouait à se faire élire présidente, il a été le député le mieux élu du pays au Parlement, où Fuerza popular est majoritaire.

– « Crise profonde » –

Tout récemment, le mouvement avait déjà subi un important revers avec le placement en détention d’Alberto Fujimori, 80 ans.

Après 12 années passées derrière les barreaux pour crimes contre l’humanité et corruption, l’ancien président, condamné à 25 ans de prison, avait bénéficié fin 2017 d’une grâce présidentielle très polémique.

Mais cette grâce, prononcée par l’ex-président Pedro Pablo Kuczynski, a été révoquée début octobre par la Cour suprême. L’ex-chef de l’Etat est depuis hospitalisé dans une clinique de Lima sous surveillance policière, et considéré comme un détenu par la justice.

« Kenji pourrait être la seule option pour maintenir (le parti à flot), mais cela me semble compliqué que le frère et la soeur se réconcilient », ajoute M. Tafur.

En cause, une lutte fratricide entre le frère et la soeur qui a éclaté en décembre 2017, mais couvait depuis quelque temps déjà, à mesure que grandissaient les ambitions électorales de Kenji.

En juin, à l’initiative de sa soeur, ce dernier a été suspendu de son siège de député par le Parlement après la diffusion d’une vidéo le montrant en train de négocier l’achat de votes pour éviter la destitution de l’ex-président Pedro Pablo Kuczynski, en échange de la grâce de son père.

Peu avant, Kenji avait démissionné du parti dirigé par sa soeur.

« L’éventualité d’un leadership de Kenji est encore lointaine. Il a été blessé par la crise interne qu’il a vécue en début d’année », déclare à l’AFP l’analyste Carlos Mélendez.

« Le fujimorisme traverse aujourd’hui une de ses crises les plus profondes » mais « il n’est pas mort », juge toutefois le politologue Augusto Alvarez Rodrich.

Si Keiko ne ressort pas rapidement de prison et que Kenji ne reprend pas le contrôle de Fuerza popular, il reste une troisième voie : faire appel à une personnalité extérieure à la famille Fujimori.

Mais les précédentes tentatives n’avaient pas été couronnées de succès: lors de la présidentielle de 2001, l’ex-ministre fujimoriste Carlos Boloña n’avait obtenu que 1,69% des voix, tandis qu’en 2006, la députée Martha Chavez avait fait à peine mieux, avec 7,43%.

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