La bataille de l’eau, défi du secteur des matières premières

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Face à la raréfaction des ressources en eau dans de nombreuses régions où ils opèrent, les producteurs de matières premières vont devoir dépenser davantage pour assurer leur approvisionnement.

source : lesechos.fr

Moody’s prévoit que le manque d’eau retarde voire compromette des projets miniers dans les années à venir.

Près d’un tiers du cuivre consommé dans le monde provient du Chili. Le pays sud-américain est le roi incontesté du métal rouge, l’un des plus utilisés depuis toujours. Mais la grave sécheresse qui le frappe – qui n’est pas sans lien avec la crise sociale actuelle  – met à mal l’extraction de la matière première, très consommatrice d’eau.

Mardi, le géant minier Anglo American a indiqué que sa production globale avait chuté de 8 % au cours du dernier trimestre. En cause ? « La baisse de la disponibilité en eau », explique le groupe, due à ce qu’il décrit comme une sécheresse « sans précédent » et « la plus longue jamais enregistrée », qui a touché sa mine de Los Bronces, située dans le centre du pays, à 3.500 mètres d’altitude. Anglo American est présent au Chili depuis 1980… Et la direction juge que la situation ne devrait pas s’améliorer l’an prochain. En même temps qu’elle veut réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 30 % au cours des dix prochaines années, la mine de Los Bronces entend donc limiter de 50 % le pompage de l’eau.

Stress Hydrique

L’eau est au coeur des préoccupations des mineurs depuis longtemps. Le sujet a même désormais sa propre conférence, « Water in Mining ». Mais, face au réchauffement planétaire, sécuriser suffisamment d’eau va devenir un problème de plus en plus aigu pour le secteur, estime Moody’s dans un rapport récent. « De nombreuses mines existantes ou en projet sont situées dans des régions arides où l’eau devient de plus en plus rare », écrivent les auteurs.

Des pays comme le Pérou, le Chili, l’Australie, l’Afrique du Sud et la Mongolie ont d’immenses exploitations minières exposées à une baisse de la disponibilité en eau. Au cours des vingt prochaines années, tous ces pays seront exposés à un risque de stress hydrique extrêmement élevé , ce qui compliquera la tâche des entreprises pour sécuriser des sources fiables. Et pour réduire leur dépendance à l’eau des rivières, des lacs ou des nappes phréatiques utilisées par les locaux, alors que 40 % de la population mondiale est déjà régulièrement confrontée au manque d’eau. Ces dernières années, plusieurs conflits liés à l’utilisation des ressources en eau ont d’ailleurs opposé habitants et sociétés minières, comme au Pérou, au Mexique ou aux Etats-Unis.

Des projets compromis

Les grands groupes miniers construisent déjà des « sources alternatives », comme des usines de dessalinisation ou de traitement des eaux usées. Chez BHP, l’eau utilisée provient ainsi à 40 % d’eau de mer désalinisée et le groupe veut baisser sa consommation d’eau douce de 15 % d’ici à 2022 (entre 2017 et 2018, il l’a baissée de seulement 1 %). En Mongolie, la gigantesque mine d’Oyu Tolgoi gérée par Rio Tinto utilise environ 80 % d’eau recyclée.

Le cabinet EY avait calculé en 2014 que les dépenses du secteur dans les infrastructures dédiées à l’eau avaient quadruplé entre 2009 et 2013, pour atteindre 12 milliards de dollars. Pour Moody’s, il ne fait aucun doute que cette facture n’a pas fini de gonfler : à mesure que la crise climatique fait baisser les niveaux d’eau, les coûts d’exploitation et les investissements vont augmenter. « Auparavant, les producteurs miniers se disaient : nous allons consommer moins d’eau, c’est bien pour notre image environnementale. Désormais, le sujet n’est plus là », raconte un bon connaisseur du secteur. « Car cela touche leur production, leur chiffre d’affaires et leur rentabilité, qui s’en trouvent réduits. »

Cela pourrait même ralentir voire compromettre certains projets de mine, notamment ceux des plus petites compagnies. Pour développer une mine de cuivre, il faut de 4 à 12 ans, rappelle Moody’s… Un laps de temps suffisamment long pour voir les niveaux d’eau continuer à se dégrader.

Muryel Jacque

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