La condamnation d’un journaliste ayant révélé des abus sexuels

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Pedro Salinas, auteur d’un livre sur des décennies d’agressions sexuelles commises au sein de l’organisation catholique Sodalicio, était accusé de diffamation.

source : mopays.com

Le journaliste Pedro Salinas, devant les médias, le 20 avril 2019, au Vatican, à l’occasion d’un rassemblement de l’organisation Ending Clergy Abuse. VINCENZO PINTO / AFP

Le journaliste d’investigation Pedro Salinas, qui a révélé en 2015 un scandale d’abus sexuels dans la communauté chrétienne Sodalicio de Vida Cristiana, a été condamné lundi 22 avril par le tribunal de Piura (nord) à un an de prison avec sursis et 80 000 soles péruviens (21 500 euros) d’amende pour délit de « diffamation aggravée » après une plainte déposée par l’archevêque de Piura, José Antonio Eguren Anselmi.

Pedro Salinas reprochait à M. Eguren sa responsabilité et son silence au sein de Sodalicio. En 2018, il titrait un article « Le Juan Barros péruvien », en référence au prélat chilien accusé d’avoir couvert les agressions sexuelles commises par un prêtre. « Des affirmations fausses », estime l’archevêque de Piura, qui portent préjudice à « mon honneur et ma réputation ».Article réservé à nos abonnésLire aussi Fernando Karadima, le « saint » prédateur de l’Eglise du Chili

Pourtant, M. Salinas persiste et signe, refusant « d’être censuré » : « Personne ne peut nier qu’Eguren est un des membres de la génération fondatrice [de Sodalicio], déclare-t-il au Monde. Il a participé à la construction d’une organisation qui a instauré une culture de l’abus. Il n’a pas seulement couvert les abus, il a lui-même été confondu par plusieurs sources pour maltraitance physique et psychologique. » Mais son cas n’a jamais été jugé et son dossier a été classé en 2016.

« Lavage de cerveau »

Sodalicio est une organisation catholique fondée à Lima en 1971 par le laïc Luis Fernando Figari. Le mouvement, d’esprit sectaire, dispensait ses principes éducatifs à travers des internats à des enfants de classes moyennes et supérieures. « La politique était de séparer les enfants de leur famille, puis les membres réalisaient un lavage de cerveau », explique Cecilia Tovar, chercheuse à l’Institut Bartolomé de Las Casas, à Lima. Connue pour sa pédagogie sévère, quasi-militaire, Sodalicio « mélangeait la religion avec un fonctionnement d’inspiration fasciste lié à la phalange espagnole, ainsi que des pratiques tantriques », affirme Pedro Salinas, qui avait intégré le mouvement lorsqu’il était adolescent et a lui-même souffert d’abus.

Dans années 2000, les premiers cas d’agressions sexuelles font surface. En 2007, Daniel Beltran Murguia, membre de Sodalicio, est arrêté alors qu’il tente d’entrer dans un hôtel avec un enfant de 11 ans pour, selon lui, « prendre des photos de nu ». Il est expulsé de l’organisation. D’autres cas, qui impliquent cette fois-ci directement les fondateurs du mouvement, M. Figari ou encore le numéro deux de l’organisation, German Doig (décédé en 2001), sont alors mis au jour.

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