L’écosystème le plus riche en carbone de toute l’Amazonie risque d’être déstabilisé avant la fin du siècle

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Le bassin du Pastaza-Marañón est une zone péruvienne du bassin amazonien constituée de nombreuses tourbières.

 

 

source: sciencepost.fr

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Il s’agit d’un puits de carbone majeur en Amérique du Sud – c’est-à-dire qu’il absorbe une importante quantité de carbone dans l’air et le stocke dans les sols. Cependant, avec la poursuite du changement climatique, ce puits devrait fortement s’affaiblir ces prochaines décennies. Il pourrait même devenir une source nette de carbone pour l’atmosphère en cas de réchauffement marqué, ce qui n’augurerait rien de bon pour l’avenir.

Seulement la moitié de nos émissions de dioxyde de carbone (CO²) s’accumule dans l’atmosphère. L’autre moitié est absorbée par les océans et les surfaces continentales dans des proportions à peu près égales. À ce titre, on parle de puits naturels de carbone. Toutefois, ce mécanisme d’épuration n’est pas un acquis. À mesure que le climat change et que les activités humaines modifient les écosystèmes – par exemple, via la déforestation – ces puits deviennent de moins en moins efficaces. Plus de CO² s’accumule alors dans l’air, ce qui fait office de rétroaction amplificatrice sur le réchauffement global.

En ce qui concerne les surfaces continentales, les tourbières sont le type de végétation le plus efficace pour stocker du carbone. Ceci malgré le fait qu’elles occupent seulement quelques pourcents de la surface terrestre. En effet, le sol présent dans ces zones est très riche en matière organique – on parle de tourbe – et ce sur plusieurs mètres de profondeur. De grandes quantités de carbone y sont ainsi accumulées chaque année*. Cependant, comme exposé plus haut, les activités humaines perturbent ces écosystèmes dont certains – comme ceux de Sibérie ou du Sud-est asiatique – sont déjà devenus des sources nettes pour l’atmosphère. À ces modifications directes se rajoutent les effets indirects liés aux variations climatiques.

Menace sur les puits de carbone, une étude de cas en Amazonie

Une étude publiée ce 19 novembre dans la revue PNAS (Proceedings of the National Academy of Sciences) a évalué les impacts du changement climatique sur les tourbières du bassin du Pastaza-Marañón, situé au Pérou. Ce bassin consiste en une zone de 120 000 kilomètres carrés et représente le plus grand complexe de tourbières de l’Amazonie connu à ce jour. Selon les projections des modèles de climat, la température moyenne devrait augmenter de 2 °C à 5 °C dans la région d’ici la fin du siècle, en fonction de l’ampleur des mesures prises pour limiter le réchauffement. De leur côté, les précipitations annuelles devraient augmenter de plusieurs centaines de millimètres – mais la quantification est plus difficile que pour la température.

En se basant sur une simulation numérique, les chercheurs ont noté que la hausse simulée des précipitations conduit à une accentuation de la capture de carbone atmosphérique. À l’opposé, un environnement de plus en plus chaud conduit à une diminution de la capture. Au final, il s’avère que le second effet domine sur le premier, ce qui aboutit mécaniquement à un affaiblissement du puits. Il est même possible que le bassin du Pastaza-Marañón devienne une source nette en cas de réchauffement marqué. Selon les scientifiques, d’ici la fin du siècle, la surface étudiée pourrait par conséquent perdre plus de 500 millions de tonnes de carbone.

La transformation progressive des puits naturels de carbone en source est unemenace de grande ampleur, car elle signifie que de plus en plus de gaz à effet de serre s’accumulent dans l’atmosphère. Un emballement peut en découler, le réchauffement augmentant les flux de carbone vers l’atmosphère, ce qui amplifie le réchauffement en retour… On appelle ce cercle vicieux la rétroaction positive du cycle du carbone.

« Si la zone que nous avons examinée reflète l’ensemble de l’Amazonie ou des tourbières tropicales, la perte de carbone vers l’atmosphère dans le cadre des scénarios climatiques futurs devrait préoccuper grandement notre société », indique Q. Zhuang, co-auteur de l’étude. « En outre, les changements à venir dans l’utilisation des sols, l’expansion de l’agriculture et des infrastructures de transport ainsi que le développement de l’hydroélectricité constituent une menace pour le maintien de ces stocks de carbone », conclut le papier.

* Près de 30 % du carbone organique contenu dans les sols à l’échelle globale se trouvent dans ces zones pourtant restreintes.

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