L’éducation des enfants, un secteur à réinventer – une expérience au Pérou à méditer

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innova_school_1En 2015, le concept éducatif voulu par un duo de philanthropes et imaginé par le cabinet de design IDEO est devenu le plus grand réseau d’écoles privées du Pérou. Une idée qui pourrait être un modèle pour le reste du monde.

source : objectifeco.com

« En 2021, nous voulons être reconnus comme l’une des meilleures expériences éducatives dans le monde », indique Jorge Yzusqui Chessman, co-fondateur et directeur des écoles Innova.

Un ancien ingénieur et un milliardaire réinventent un système éducatif

Au Pérou, pays natal de Carlos Rodriguez-Pastor, l’éducation est à la traîne. Homme d’affaires devenu milliardaire, il voulait que les enfants de la classe moyenne disposent d’une alternative entre les onéreuses écoles privées et les écoles publiques démunies. Mais aucune option n’existait jusqu’alors.

Partant du même constat, Jorge Yzusqui Chessman avait démissionné de son poste d’ingénieur pour se consacrer au développement d’écoles alternatives.

En 2011, Chessman est approché par les membres de l’une des plus importantes sociétés de services financiers du Pérou, Intergroup Financial Services Corp. (Intercorp). « Ils m’ont demandé un rendez-vous », se souvient-il. « Ma première réaction a été de me dire qu’ils venaient discuter de prêts et de taux d’intérêts pour mes écoles. » L’ancien ingénieur ne se doutait pas que la rencontre allait être le point de départ d’une belle et fructueuse collaboration avec le patron d’Intercorp, Carlos Rodriguez-Pastor.

Le milliardaire péruvienne et Yzusqui Chessman font appel à un cabinet de design pour refaire des écoles privées dans leur pays – et changer le système. Moins de quatre plus tard, les résultats sont étonnants.

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Au Pérou, les écoles Innova ont été créés pour répondre à un système scolaire en difficulté. En 2012, dans le fameux classement PISA, le Pérou est sorti bon dernier sur 65 pays.

Typiquement, les élèves des écoles publiques du Pérou passent leurs journées à transcrire des cours magistraux, avec peu de temps pour développer leurs compétences et leurs créativités.

Près d’un quart des 8 millions d’enfants péruviens fréquentent l’école privée parce que le système scolaire public est en piteux état.

Si l’économie du Pérou s’est développée, son système scolaire est resté à la traine.

Au cours des 10 dernières années, le Pérou a connu un boom de sa classe moyenne et une explosion des demandes de scolarisation dans les écoles privées. Un quart des 8 millions d’écoliers – et environ la moitié des écoliers de Lima – sont inscrits dans des écoles privées.

Et la raison est simple. Seulement 17% des enfants scolarisés dans les écoles publiques démontrent un niveau de compétences basiques, tel que défini dans les tests nationaux normalisés. Les écoles privées font à peine mieux, avec 21% des enfants qui ont des compétences en math et 47% en lecture.

En plus, niveau architecture et ambiance, « les écoles peuvent ressembler à des prisons », souligne Rodriguez-Pastor qui a travaillé avec le cabinet IDEO pour faire des écoles Innova un monde aussi ouvert que possible.

Et cela semble fonctionner. En 2013, 83% des élèves des écoles Innova ont été testés comme compétent dans la compréhension de la lecture, comparativement à la moyenne nationale de 33%, tandis que 61% ont démontré des compétences en math, loin devant la moyenne nationale de 17%.

Entre technologie et apprentissage de l’indépendance

En février 2015, Innova est devenu le plus grand réseau privé d’écoles du Pérou. L’objectif d’Innova est d’inspirer les enfants à travers la technologie moderne et par la découverte de soi. Innova s’appuie sur un apprentissage mixte – une forme d’éducation qui utilise la technologie et l’apprentissage de l’indépendance – pour amener les enfants à penser de façon créative, autonome et critique.

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Les enfants qui fréquentent le réseau Innova passent la moitié de leur journée dans des espaces digitaux à apprendre en ligne, en utilisant des sites comme Khan Academy, tandis que l’autre moitié est consacrée à l’enseignement traditionnel en classe.

Innova amène souvent la salle de classe à l’extérieur afin que les enfants ne soient pas submergés par leur utilisation fréquente des ordinateurs.

Ainsi, une partie de cette éducation holistique inclut du temps pour socialiser. Les enfants passent également par un programme d’une semaine annuelle axée sur le « processus de conception structuré », où ils sont invités à trouver et à créer des solutions pour répondre à un défi social dans leur communauté.

Innova insiste pour que les enfants s’autogèrent. Chaque enfant participe au programme d’innovation de l’école et tous doivent relever ce défi. À la fin de l’année, les élèves présentent ensemble leurs solutions.

Une architecture et un système éducatif primés

Ce modèle a attiré l’attention internationale. Innova a récemment remporté le premier prix aux International Design Excellence Awards. Une médaille d’or venue récompenser le travail mené au niveau éducatif et architectural.

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Le Pérou compte 29 écoles Innova scolarisant près de 20 000 élèves. Chaque bâtiment est modulaire. Les murs et les chaises sont mobiles et les espaces sont conçus pour que les enseignants puissent se déplacer rapidement et facilement.

Si Innova exige le mieux pour ses élèves cela passe par l’excellence de ses professeurs. Mettre sur pied un système scolaire si rapidement a impliqué un énorme besoin de formations pour les enseignants. Innova a conçu son Centre de ressources éducatives : un catalogue de 20 000 leçons, mis en place par des enseignants chevronnés, destinée aux jeunes profs débutants.

Un obstacle majeur pour Innova a été de convaincre les parents que le modèle fonctionne. Chanter des chansons et jouer avec les ordinateurs portables semblent loin de l’image traditionnelle que les parents péruviens se font de l’éducation.

Cependant, comme nous l’avons vu plus haut, les élèves d’Innova passent haut la main les tests d’évaluation de compétences, avec des pourcentages bien plus élevés que la moyenne nationale du Pérou.

Et pour les familles, les frais de scolarité demeurent abordables, en-dessous des 130 $ par mois.

Après avoir entrainé les parents péruviens dans l’aventure, Innova projette d’avoir un réseau de 70 écoles à travers le pays et scolariser 60 000 élèves. Le réseau a également l’ambition de conquérir l’Amérique Latine, voire plus.

« En 2020, nous nous satisferont pas d’être au top des écoles du Pérou. Nous voulons être au top des écoles dans le monde », conclut le co-fondateur d’Innova, Yzusqui Chessman.

3 Comments on L’éducation des enfants, un secteur à réinventer – une expérience au Pérou à méditer

Xavier said : 9 months ago

Innova est sans doute une bonne initiative, mais malheureusement encore onéreuse pour ceux qui en ont le plus besoin, à savoir les couches des secteur D et E, favorisant le maintien d'un système élitiste trop présent au Pérou et fracturé. En ce sens, je ne pense pas que ce soit un système d'école haut-de-gamme pour faibles revenus, mais plus pour les couches moyennes. C'est déjà cela, dira-t-on, et l'initiative doit être saluée. Une scolarité de 130 $ / mois, c'est plus de la moitié du SMIC péruvien, et plus du tiers du salaire moyen. Par comparaison en France, le coût d'un collège privé (sous contrat) représente 1/4 du salaire moyen ou 40% du SMIC net, sans compter les aides de l'Etat pour les moins favorisés qui permettent d'alléger le budget, alors qu'au Pérou, nada. L'anecdote de Catherine sur le Colca est très parlante. C'est là que l'on constate qu'il y a des contraintes très terre à terre qu'on ne soupçonne pas, telles que l'électricité. Car avoir des ordinateurs dans une classe, OK, mais ils ne marchent pas au solaire (mais c'est peut-être une idée à développer). Et cela représente un budget de les faire fonctionner. Sans doute pour le même budget, le directeur d'école aurait préféré recruté plus d'instituteurs que des ordis. Sans oublier que l'informatique aurait souffert d'une limitation qui est la faible couverture réseau internet au Colca (valable aussi dans bon nombre de vallées andines). En résumé, c'est comme installer des robinets tous les 100 m dans un désert, ça ne sert pas à grand-chose s'il n'y a pas assez d'eau. Les tablettes et toute la technologie informatique en règle générale, nous pouvons en apprécier les avantages éducatifs dans nos pays développés car nos systèmes éducatifs avaient préalablement permis au plus grand nombre d'acquérir un socle solide de connaissance. Le Pérou, lui, en est loin, et ne faudrait-il pas commencer par consolider le "basique" ? Pas besoin d'ordi ou de mobile pour apprendre à lire, à compter et à comprendre des problèmes mathématiques. Ceci ne veut pas dire qu'il faut priver les élèves péruviens de la technologie. Oh que non, la révolution technologique ne doit pas se faire à deux vitesses sur cette planète. Mais former de bons instituteurs et de bons profs (et les rémunérer correctement) me semble une priorité, si on veut transmettre un savoir de qualité. Il faudrait un vrai plan éducatif pour les zones enclavées. Facile à dire, certes, mais s'il on veut un Pérou qui avance au même rythme pour chacun, l'éducation ne doit laisser en chemin toujours les mêmes; et pour rejoindre François, si le gouvernement investissait plus dans l'éducation et moins dans l'armement, on n'en serait pas là... et nettoyer aussi la corruption et les fonds qu'elle détourne. Bref, il y a du travail pour le nouvel exécutif.

Francois Denizot said : one year ago

Ah oui l’instruction. Le trésor le plus important d’une nation est sa propre jeunesse, lui donner les moyens d’apprendre à lire, compter, écrire afin d’aiguiser son sens critique, est la plus belle chose dont devrait se gonfler d’orgueil un chef d'État. Laisser après son passage une Éducation nationale structurée avec les moyens nécessaires au développement intellectuel de tous les enfants. Malheureusement, au Pérou une fois encore, l’exécutif a préféré investir des centaines de millions d’Euros dans l’armement, plutôt que dans les écoles et la formation des professeurs. Il est vrai, que lorsque l’on a plus de mots pour s’expliquer, il ne reste que la violence, ceci explique peut-être cela. Il est plus facile de former de la chair à canon, qu’un peuple capable de résoudre ses divergences par l’intellect. Voilà pourquoi le Chili continu de provoquer le Pérou et la Bolivie avec une démonstration de force militaire le long de leurs frontières communes, et pourquoi le président Péruvien comme vous pourrez le lire bientôt a déclaré district Péruvien un terrain de 4 hectares dans le désert d’Atacama.

Catherine Malafosse said : one year ago

cela me fait rêver de voir ces belles écoles " haut de gamme pour les faibles revenus ", sûrement dans les grandes villes et faible revenu par rapport à qui et à quoi ????? bravo pour les chanceux qui vont dans ces écoles, c'est un début car le titre est parlant : éducation des enfants un secteur à réinventer...... petite anecdote :dans le Colca : le directeur du collège qui avaient reçu des ordinateurs pour les élèves, avait une salle où les machines attendaient recouvertes de leur plastique mais aucuns professeurs n'avaient été formés pour enseigner l'informatique, des parents informent mon association et nous allons voir le directeur pour lui proposer de faire venir à nos frais un professeur d'informatique de la grande ville la plus proche (3H de bus) et de donner des cours d'une heure/semaine par classe sur un trimestre pour commencer, à inclure dans son programme. super !!!! voici la réponse du directeur : et qui va payer l'électricité, il ne nous a jamais permis de donner les cours dans son collège. (les ordi ne vont pas s'user...) autre anecdote : nous avons créée une bibliothèque ludothèque dans un autre village : commentaire :ils n'ont même pas la bible et que des livres à histoire pour les enfants (sous entendu pas de livres scolaires) et ce mot barbare de ludothèque où les enfants apprennent à jouer (ils ont autre chose à faire!!!) jeux éducatifs pour certains ne veut pas dire grand chose. oui l'éducation des enfants un secteur à réinventer alors bravo à Innova et dommage que le gouvernement péruvien n'investisse pas d'avantage de moyens dans l'éducation de tous ses enfants. mais l'association est têtue et nous continuons à raconter des histoires aux enfants qui veulent bien nous écouter et jouer avec nous, en attendant que le secteur se réinvente!!! et qu'Innova ait des écoles dans les villages.

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