Le Pérou : Les lettres à Elodie toute la semaine sur RADIO NOVA

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Carlos, Péruvien venu faire ses études à Bordeaux

Holà Elodie,

Me llamo Carlos, je suis Péruvien, natif de Cuzco, au sud-est du pays, et j’ai 32 ans. Je vous écris cette lettre en français, j’ai appris à le parler avec des potes de chez vous rencontrés à Lima. Et puis, depuis septembre, j’étudie à Bordeaux !

Cuzco, c’est une petite ville, comparée à Lima : je dirais… un million d’habitants. C’est pas très loin du Machu Picchu, Cuzco, c’est un peu la capitale des Incas. Alors, assez naturellement, j’ai laissé mon grand-père passionné d’histoire m’emmener de sites archéologique en site archéologique. Je me souviens d’une expo sur les momies, elles avaient une coupe impressionnante parce que les cheveux continuent à pousser après la mort, j’étais fasciné.

A 15 ans, ça n’a rien à voir avec l’histoire, celle avec un grand H, mais mes parents ont divorcé. J’ai toujours eu une famille pas totalement traditionnelle, déjà, ma grand-mère travaillait, ce qui était rare. Puis ce divorce. C’est une période fondatrice, pour moi, j’allais de chez mon père à chez ma mère, deux jours par-ci, trois jours par-là, et très vite, j’ai eu envie d’indépendance, de prendre un appart à moi. A 17-18 ans, je bossais dans un bar de la ville, pour pouvoir vivre seul et autre étape primordiale : j’y ai rencontré plein d’artistes qui sont devenus des amis. Moi qui suis passionné de musique, c’était la liberté, enfin. Et ainsi, j’ai grandi.

Quelques mois plus tard, juste après ma majorité, je suis monté à Lima, à mille kilomètres plus au nord. Mon père m’a payé mes études d’archéologie ; je faisais des petits boulots pour me payer le reste, de quoi vivre. Je connaissais très mal la ville, j’y étais seulement allé deux ou trois fois avant. Très vite, j’ai adoré la mer. A Cuzco, on ne la voit jamais, et là, j’ai fait exprès d’habiter à 3 minutes à pied de la plage, pour pouvoir en profiter. Avec des potes, on a monté un petit groupe, Mukura Blues Fashion.

J’ai immédiatement accroché avec Lima. 10 millions d’habitants, c’est un brassage culturel intense, des cultures qui s’entrechoquent et qui se mêlent ; je trouve que c’est une ville nourrissante. Bruyante, à coups de Klaxons, mais enrichissante. A Cuzco, il n’y avait pas de ciné jusqu’à il y a trois ans, pour te donner une idée.

Et puis la liberté d’être et de faire ce que l’on veut. Je te donne un exemple : ma copine est française (mais ne pense pas que c’est pour ça que je parle le français, avec elle, on parle en espagnol !), et au Pérou, ça ne se fait pas trop d’avoir 32 ans, de vivre avec sa copine, mais de ne pas être marié, et de ne pas avoir d’enfants. La culture catholique est très forte, surtout dans les campagnes. Mon père m’a rapporté ce genre de propos dans la bouche de cousins éloignés. Moi, je m’en fous un peu, pour être honnête, et à Lima, on a la liberté de se moquer de ce genre de convention.

Après quelques années, je me suis retrouvé à la coordination de projets à l’université catholique du Pérou – c’est la plus grande fac du pays, qui n’est plus vraiment catholique d’ailleurs, qui est devenue laïque. Je coordonnais des projets mêlant plus ou moins l’archéologie, l’art et la musique. C’était passionnant, mais comment dire… J’ai l’ambition de faire davantage pour mon pays, et au Pérou, il n’y avait pas le cursus qui le permettait. C’est pour ça que, depuis septembre, j’étudie l’ingénierie de produits culturels, à Bordeaux.

Pour, pourquoi pas, revenir et travailler au ministère de la culture à Lima. Ou alors pourquoi pas dans une organisation internationale, qui travaille sur la coopération avec le Pérou. L’idée, c’est vraiment de travailler de nouveau avec le Pérou, de lui être utile, à mon échelle.

Bonne fin de semaine à Lima. Embrassez le Pérou pour moi.

Carlos

Fanny, entre le Pérou et la France pendant 12 ans

Fanny a eu un coup de foudre en voyant une diapo du Pérou : il fallait absolument qu’elle y aille. Nous sommes en 2000, deux ans plus tard, elle part y habiter, dans le but de finir sa thèse d’archéologie. Elle n’est revenu en France que l’an passé. Voici sa lettre :

 

Bonjour Elodie,

Je m’appelle Fanny, et j’ai vécu pendant plusieurs années à Lima, 6 à mi-chemin entre la France et le Pérou, pour mes études d’archéologie, puis 7 années pleines, avec celui qui est devenu mon mari et avec qui j’ai fondé, là-bas, une famille.

Le premier coup de foudre, c’était un cours d’histoire de l’art, à l’école du Louvre. Je revois la diapo du Pérou dont nous parlait la prof, je me suis dit « c’est là qu’il faut que j’aille ». L’été d’après, en 2000, j’y suis partie trois semaines, j’étais dans une sorte de transe, je voulais visiter tout, tout le temps, et je dormais dans le bus pour gagner du temps. Les sentiers n’étaient pas balisés, j’étais libre d’aller où je voulais, à l’heure que je souhaitais. Je me souviens d’une rando, à fleur de précipice, dans la Cordillère des Andes. Il faisait nuit, les étoiles au-dessus de ma tête, c’était magique.

Je suis revenu deux ans plus tard, en 2002, pour ma thèse d’archéologie. Je me suis tellement éclatée , le Pérou, quand tu fais de l’archéo, c’est le paradis, j’ai fouillé sur des endroits dont je rêvais. Vraiment. Trugillo, la Huaca de la luna, des tombes intactes, avec des vases entiers préservés à l’intérieur, ce sont des moments, même quand j’en reparle, des années après, qui me font frissonner.

Je vivais avec régulièrement le sentiment d’une irréalité totale, même en-dehors de mon travail, avec des codes qui n’étaient pas les miens. Je me souviens d’un voyage en bus, dans un voyage, dans la Cordillère blanche. Un homme sort du bus en titubant, sa femme l’attend et elle le roue de coups de pieds, le tire par les cheveux, et le bus entier explose de rire alors que je suis en train d’halluciner. J’ai compris ensuite que plus on t’aime, au Pérou, plus on te frappe !

En 2006, je suis revenue quelques mois et là, coup de foudre, en France, avec celui qui est devenu mon mari. Au bout de quelques semaines, il a quitté son taf, et on est partis s’installer, à Lima. Sauf que je n’avais pas forcément de boulot dans l’archéologie alors je suis revenue à mes premières amours : le tourisme – avant ma thèse, j’avais commencé par un BTS tourisme. Il se trouve que je connaissais quelqu’un qui avait une agence de voyages, et je me suis mise à organiser des voyages sur-mesure, avec mon orientation culturelle, tournée vers l’histoire. Puis j’ai évolué dans la boîte. Mais c’est une autre histoire.

Avant 2006, je connaissais assez peu Lima. C’est une ville immense, qui grossit à vue d’oeil, tellement vite qu’elle est difficile à assimiler. Une ville aussi, comme le pays dans son intégralité, encore bercée par le folklore – même si je ne suis pas du tout une danseuse, donc j’ai opté pour l’écoute de musiques traditionnelles, des femmes, souvent, qui racontent leurs amours déchirants. C’est à se tirer une balle, mais je trouve ça trop beau.

On y a passé sept ans ; c’est une ville bruyante, épuisante parce que les fenêtres ne sont pas isolées, les klaxons omniprésents, les voitures vivent sans passer de contrôle technique… il n’y a donc pas un moment, même dans la nuit, où tu n’entends plus rien. Ca fait partie des raisons pour lesquelles nous sommes rentrés, l’an passé.

Et puis on a fondé à Lima une famille, oui j’ai accouché dans un hôpital de Lima, et à un moment, l’éloignement avec nos familles s’est davantage fait ressentir. C’est drôle parce que l’on s’est fait une bande de potes, à Lima, et il faut croire qu’une page se tournait parce que tout le monde est plus ou moins parti au même moment. Nos amis étrangers, en tout cas, ceux que l’on pouvait voir le dimanche – parce que là-bas, le dimanche, c’est la famille, personne ou presque ne déroge à la règle.

La fin d’un cycle !

Passez une belle semaine à Lima,

Fanny

Charles-Henri, franco-péruvien

Charles-Henri est franco-péruvien, sa mère est péruvienne, son père français. Il a toujours vécu en France, mais raconte cette double nationalité qui l’a emmené, presque chaque été depuis qu’il est né, à Lima.

Voici sa lettre :

Salut Elodie,

Je m’appelle Charles-Henri, j’ai 30 ans. Je vous écoute le matin et je vous écris parce que j’ai vu que vous alliez parler de Lima toute la semaine. Or je suis franco-péruvien, j’ai toute une partie de ma famille là-bas, principalement à Lima. La première fois que j’y ai mis les pieds, j’en ai un souvenir assez flou et pour cause : je n’avais que 3 mois.

Pendant toute mon enfance je n’ai presque pas connu l’été : pendant les grandes vacances je partais tous les ans au Pérou pour retrouver la famille de ma mère. Comme les saisons sont inversées, il faisait chaud mais très gris, nuageux en permanence. Je retrouvais mes grands-parents, mes cousins et cousines, j’en ai des milliers de souvenirs… J’ai pris assez vite conscience que mes grands-parents étaient aisés : mon grand-père dirigeait une entreprise minière, il a aussi fait une carrière de diplomate en France, et c’est comme ça que mes parents se sont rencontrés, d’ailleurs, mon grand-père ayant été diplomate à Paris pendant un temps.

À Lima, il vivait dans le quartier Miraflores près de la mer, c’est dans ce quartier que vous allez trouver les restaurants gastronomiques, les centres commerciaux dernier cri, les salles de sport fraîchement rénovées… Il y a aussi de nombreuses résidences privées, gardées par des polices elles-aussi privées. Bon je ne vous fait pas un dessin, c’est un quartier où il y a de l’argent et là bas ils n’ont pas forcément la même notion du rapport à l’autre ou du respect… Je me souviens de repas au restau, où mon grand-père sifflait les serveurs. J’étais très gêné, mais à part moi ça ne choquait personne. Il y a une hiérarchie construite en fonction de combien tu gagnes, et personne ne s’en émeut vraiment.

Je faisais du foot et du tennis aussi, il y a des clubs entiers dédiés au tennis sur terre battue. À quelques kilomètres, le centre de Lima est beaucoup plus sale, plus délabré… Du plus lointain que je me souvienne, j’ai toujours eu la sensation de savoir que dans les quartiers dans lesquels vivaient mes grands-parents et mes cousins, étaient des quartiers privilégiés, que ce n’était pas la même chose partout.

Vers 12-13 ans, j’ai découvert avec mes parents d’autres régions du Pérou plus touristiques comme le Machu Picchu, ou évidemment les lignes de Nazca (celles que l’on voit du ciel). Le tourisme était beaucoup moins développé qu’aujourd’hui, il y avait peu d’infrastructures, et je me souviens que le guide était un enfant, il avait mon âge ou moins, c’était très curieux comme situation ! De manière générale, au-delà du tourisme, le Pérou a énormément changé en 30 ans. À Lima, c’est fou tout ce qu’il s’est construit : l’urbanisation galopante, l’aspect des rues, la vie culturelle, la nourriture aussi ! Depuis toujours quand je vais au Pérou je passe beaucoup, beaucoup de temps à manger !

Il y a une tradition, là-bas le dimanche est consacré à la famille : on réserve pour d’immenses tablées dans des hangars où on nous sert du poulet à volonté Il y en a un qui s’appelle la Granja Azul, c’est littéralement un open-bar de poulet, c’est délicieux ! On y passe des heures et des heures, ça parle fort, il y a du bruit, de la vie : ça c’est le dimanche. Le reste de la semaine à Lima, les gens s’invitent les uns chez les autres sans forcément prévenir : tu ne sais jamais si tu vas passer une soirée en famille ou s’il y a des amis qui vont passer, c’est assez drôle !

À 18 ans j’ai pris un sac à dos et avec des potes, on a fait le tour du Pérou en bus. Je me suis rendu compte qu’il y avait pleins de régions que je ne connaissais pas. On a rencontré pleins de gens, c’est vrai que ça aide puisque je parle espagnol. Ma mère me parle en péruvien depuis que je suis né, même si là bas ils e disent que j’ai un accent français. Mon prochain objectif c’est de découvrir la jungle puisque c’est la seule région du Pérou que je ne connais pas du tout. Même si c’est compliqué d’un point de vue sanitaire j’ai vraiment, vraiment  envie d’y passer un moment.

Je vous raconterai tiens, je vous enverrai une autre lettre,

À très bientôt,

Charles-Henri

 

François, amoureux du Pérou

La première fois qu’il en entend parler, c’est en lisant Tintin. Il a six ans. 15 ans plus tard, il met enfin les pieds au Pérou et tombe amoureux de ce pays. François est membre de l’assoPérou en France.

Voici sa lettre :

 

Bonjour Elodie,

Je m’appelle François, j’avais 22 ans en 1983, je vous laisse compter combien j’ai maintenant et j’habite, avec mon épouse péruvienne, en région parisienne. Mon coup de coeur pour le Pérou, je crois qu’il a débuté en lisant, avec beaucoup d’attention, Tintin et le temple du soleil. J’avais 6 ans.

Il y a eu Tintin, d’autres livres, et cette envie qui grandissait, année après année, de découvrir le Pérou. Après mon bac, j’ai enchaîné quelques petits boulot, de quoi mettre de l’argent de côté pour partir en voyage. Dans un long, long voyage. A 22 ans, me voilà dans l’avion direction Bogota, en Colombie, et quelques semaines plus tard, je franchis enfin cette frontière qui me fascinait. Et là, le choc de la langue. J’avais appris l’espagnol en cours, mais je ne savais pas dire deux mots, comment dire, je n’étais pas d’une concentration maximale… Et là, enfin au Pérou, j’étais bloqué, je ne pouvais rien exprimer. Alors chaque soir, j’ai pris pour habitude d’acheter un journal local, de me poser sur un banc de la place d’armes du village, la place centrale si vous voulez, et de tenter de comprendre le journal.Très vite, intrigués, des enfants cireurs de chaussures se sont rapprochés. Qui j’étais, moi le gringo sur mon banc ? Ce sont eux, village après village, qui m’ont appris l’espagnol. Ils étaient curieux de tout, voyez, rien que de me remémorer, je suis ému. J’ai fait, durant ces semaines, des rencontres éphémères mais magnifiques.

Je me suis posé plusieurs semaines à Arequipa, une grande ville au sud du pays. Celle que l’on appelle la ville blanche. J’y ai rencontré ma première femme, qui m’a rejoint, à la fin de mon voyage, en France. J’avais des opportunités de boulot au Pérou, on a hésité mais il faut se souvenir que dans les années 80, le Pérou est secoué par le terrorisme. Le sentier lumineux, dont vous allez sans doute reparler, et l’armée péruvienne. Perso, j’avais davantage peur des paramilitaires péruviens que du Sentier lumineux. Je me suis retrouvé plusieurs fois avec un AK45 dans le dos. 

Je me souviens par exemple d’un trajet en bus entre Lima et Arequipa. Vers Nasca, grosso modo à mi-chemin entre les deux villes, le Sentier lumineux nous arrête, c’est la nuit, on doit poser nos mains sur le bus, bien visibles, et ils nous prennent notre argent liquide. Moi, je me baladais toujours avec quelques billets max, au cas où. Ils ont emmené deux personnes, on ne sait où, vous savez dans ces situations tout le monde est un peu lâche. Et puis un peu plus tard, nouvel arrêt, cette fois forcé par l’armée péruvienne. Les fouilles étaient beaucoup plus violentes et le chauffeur a eu le malheur de leur dire qu’on s’était déjà fait arrêter par le Sentier, ils sont devenus fous, ils ont embarqué tout le monde sauf les quelques étrangers dont je faisais partie. La suspicion était terrible, c’était compliqué d’envisager s’installer durablement dans le pays. Même ma première femme avait envie de quitter les lieux.

Alors on est venus en France, on a eu une fille, j’ai trouvé du boulot dans l’aéronautique et deux ou trois mois par an, pendant 20 ans, nous sommes revenus au Pérou, profiter de sa famille. La famille, au Pérou, c’est primordial. Année après année, j’ai pu constater les changements… les gamins rencontrés sur les banc, des années avant, sont devenus grands.La jeunesse péruvienne est fantastique, curieuse, elle porte le pays, de plus en plus. J’ai hâte de retourner y vivre.

Oui parce que je me suis séparé de ma première femme il y a une dizaine d’années, elle est partie s’installer de nouveau, et ma fille également, avec ses propres enfants, au Pérou. Et j’ai ensuite rencontré celle qui est devenue ma femme, ma deuxième femme si vous suivez bien, avec qui j’ai eu depuis deux enfants. Eh oui, je suis papa d’une fille de 13 mois ! Avec ma femme, on attend ma retraite, dans quelques années, et puis on ira vivre au Pérou. Je ne sais pas où exactement, dans le nord sans doute, pas à Lima en tout cas, la vie y est trop agitée. Et honnêtement, je pense que si je m’y rends, je romprai avec la France, je couperai les ponts, pour me consacrer pleinement à ma nouvelle vie.

J’ai déjà une idée de ce que j’aimerais y faire, intervenir dans les écoles et les motiver pour découvrir les métiers de l’aéronautique.

Belle semaine à vous,

François

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