Les Nascas et l’eau

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Le climat. Je ne m’intéresserai ici qu’à la partie qui concerne mon exposé, la partie côtière du Pacifique où se situe le désert de Nasca.

Episode N°3

par Jacky Galvez

1.6.1 La côte

Avec trois grandes régions, côte désertique, Cordillère des Andes et Amazonie, le Pérou compte de nombreux climats très différents. Le climat est en grande partie tempéré, tropical, avec peu de variations entre l’hiver et l’été. La neige apparaît seulement à partir de 5000 mètres d’altitude.

La côte est formée par une étroite bande d’une largeur comprise entre 5 km (région d’Arequipa) et 100 km (au nord dans la région de Piura).

1.6.2 Pourquoi il ne pleut pas sur la côte péruvienne ?

La côte péruvienne est un désert, l’un des plus arides au monde pourtant situé en zone tropicale, ce climat vient du fait d’un courant froid (courant de Humboldt)qui remonte de l’Antarctique le long des côtes chiliennes et péruviennes. Ce courant froid empêche la formation de nuages de pluies et à l’Est la barrière naturelle de la Cordillère des Andes, dont ses sommets culminent à plus de 6000 mètres, arrête les nuages de la plaine amazonienne.

Sur les 2400 km le long du Pacifique, il ne pleut quasiment jamais, les précipitations annuelles moyennes sont de 7 mm (800 mm en France en comparaison).

Structure, géomorphologie et climat de la marge andine. © Coudurier-Curveur et al. EPSL 2015

Désert le long des côtes

Désert autour des canyons creusés par les rivières

Les lits des rivières sont pratiquement à sec en dehors de la saison des pluies

Les seuls endroits fertiles que l’on rencontre dans cette région sont les vallées dans lesquelles s’écoulent les rivières qui descendent des Andes et qui au fil des millénaires ont creusé le paysage où les pentes atteignent  30 à 90% de déclivité.

Vallée avec des cultures en terrasse (andennes)

1.6.3 Les Andes

Dans la Cordillère des Andes au niveau du Pérou il ne neige pas en-dessous de 5000 mètres d’altitude, il y a aussi de grands écarts de température entre le jour et la nuit, en fin de journée la température chute rapidement de 10 ou 15ºC.

Le soleil est présent toute l’année et les rayonnements UV sont très intenses.

La saison des pluies se situe entre novembre et mars, les averses ne durent que quelques heures, se sont elles qui alimentent les rivières qui descendent des Andes sur le versant Ouest de la Cordillère.

Le reste de l’année le climat est très sec.

1.6.4 El Niño

El Niño (l’Enfant en espagnol) est un phénomène climatique qui se produit tous les trois ou quatre ans le long des côtes du Pérou, il est provoqué par un courant marin chaud provenant de l’équateur qui se superpose au courant froid provenant de l’Antarctique (courant de Humboldt). El Niño modifie le climat de cette région, mais aussi celui du reste de Globe, et déclenche des pluies dans le désert.

Le phénomène est généralement peu important, mais tous les quinze ans environ El Niño est qualifié de super Niño, en 1982/83, puis 1997/98, il a entrainé des inondations dans le désert du nord du Pérou, en Bolivie, Équateur, Mexique, États-Unis, il a déclenché une grande sécheresse dans les Andes du Sud, Afrique du Sud, Asie et Australie, une baisse de la température en Amazonie et une recrudescence des ouragans dans le Pacifique.

Tous les millénaires surgit un « Méga Niño » catastrophique qui selon certaines théories expliquerait la disparition des Nascas et d’autres civilisations.

1.6.5 Le climat au temps des Nascas

Le lœss, roche sédimentaire formée par l’érosion due au vent  et qui ne provient que de la décomposition de végétaux, ainsi que les coquilles d’escargots, qui ne vivent que dans des endroits humides, trouvés sur le plateau de Nasca confirment qu’il y avait une végétation dans cette région entre -8000 et -500 avant notre ère.

Entre -100 avant notre ère et 400 ap. J.C. une période de sécheresse intense s’est installée progressivement dans cette région.

Les carottages effectués dans les glaciers actuels de la Cordillère des Andes ont permis de définir que l’âge de ceux-ci se situe autour de 1600 ans, ce qui veut dire qu’à une période antérieure à 400 ap. J.C. ils ont fondus pour se reformer ensuite.

La civilisation Nasca s’est étendue sur une période qui va de -200 avant notre ère à 600 ap. J.C., tous ces bouleversements climatiques n’ont pas dus être sans conséquences sur leur mode de vie.

1.7 HYDROLOGIE

1.7.1 Les cours d’eau

La région du plateau de Nasca est bordée par trois rivières, le Rio Grande sur sa partie Ouest, le Rio Ingenio dans sa partie Nord et le Rio Nasca au Sud, plus au Nord la ville de Palpa, autre site où l’on peut y voir bon nombre de géoglyphes, est située entre deux autres rivières le Rio Palpa et le Rio Vizcas ,  ces deux dernières avec le Rio Ingenio  et le Rio Nasca  sont des affluents du Rio Grande.

1.7.2 Systèmes d’irrigation et de collecte des eaux

Comme nous l’avons vu la côte Pacifique du Pérou est en grande partie désertique, et pour développer les cultures, de nombreuses terrasses (andenes, qui ont donné leur nom aux Andes) furent construites et dont un grand nombre sont toujours en exploitation de nos jours.

Les civilisations pré-incas et Incas installèrent des réseaux complexes d’irrigation comprenant des bassins de récupération des eaux, des canaux, des aqueducs, des systèmes dits « de rivière-à-rivière » qui permettaient d’alimenter par dérivation et par gravité une rivière dont le débit devenait insuffisant, ou des champs, à partir d’une autre rivière située à proximité, on peut voir de nos jours les vestiges de ses réalisations créées par les civilisations pré-Incas et Incas dans tout le Pérou et la région de Nasca.

Diverses réalisations hydrauliques pré-Inca et Inca :

Les puquios, près de Nasca, sont des puits de grandes capacités qui s’enfoncent profondément dans la terre, au moyen d’une rampe en spirale, afin d’en ramener l’eau à la surface en allant la chercher ou en la canalisant par des galeries souterraines. Une quarantaine de ces puits datant de l’époque pré-Inca sont encore en service de nos jours.

à droite la sortie du puquio de Cantayo

Autres exemples de réalisations hydrauliques

Maquette pré-Inca taillée dans un rocher représentant

le système d’irrigation des cultures en terrasses (Andennes)

D’autres techniques d’irrigation furent développées comme le pijal (aussi appelé ailleurs waru-waru) qui permettaient par gravitation d’irriguer des cultures situées sur de faibles pentes et de canaliser l’eau vers d’autres pijal.

Il y avait principalement deux types de pijal, ceux de forme rectangulaire et ceux de forme triangulaire.

Principe d’arrosage du pijal de forme rectangulaire par gravitation

Le nom « pijal » provient de la langue d’une ancienne civilisation pré-Inca disparue avant la civilisation Nasca.

Principe d’arrosage du pijal de forme triangulaire par gravitation

A petite,

ou à grande échelle, la technique du pijal (ou waru-waru) est toujours utilisée de nos jours.

Une autre technique utilisée était le principe de la terra preta (Terre noire), on retrouve cette technique dans la vallée de l’Amazone, au Pérou et en Equateur.

Il s’agit d’un sol « créé » par l’homme entre -800 avant notre ère et 500ap. J.C., et dont l’origine est précolombienne, Francisco De Orellana en parle dans ses chroniques en 1541, le principe est un mélange de charbon de bois, de déchets organiques provenant des résidus de récoltes, d’os broyés d’animaux ou de poissons, de déjections animales et de fragments de poteries ! En gros un « terreau » généralement utilisé dans les régions arides.

Ce « terreau » est étalé sur un terrain, naturel aride, en parcelles de petites ou grandes surfaces (jusqu’à 200ha), sur lesquelles on fait pousser les cultures et qui peut être utilisé pendant plusieurs années.

En voici une illustration sur des terres abandonnées.

1.7.3 Brumes et brouillards

Le courant de Humboldt, courant froid qui vient de l’Antarctique, empêche la formation des nuages de pluie mais il favorise les brumes et les brouillards dans cette région, l’altitude y est faible et alors qu’il devrait y régner un climat tropical la température est très moyenne et le ciel est souvent caché par ces brumes et ces brouillards.

D’avril à novembre il existe une couche nuageuse, et pendant une grande partie de la période de l’hiver austral les brumes et les brouillards cachent le soleil, mais elles ne peuvent pas se transformer en nuages car la barrière naturelle de la Cordillère des Andes les fait s’élever et ces masses humides rencontrent de l’air chaud ce qui les fait se dissiper.

Attrape-brume et attrape-nuages

D’autres techniques étaient développées dans les régions arides, là où il n’y avait pas de cours d’eau ou quand ceux existants manquaient d’eau en dehors de la saison des pluies, et qui sont toujours utilisées de nos jours : des capteurs de brumes, ou attrape-nuages. Ils étaient faits sur le principe d’une côte de maille, ou plus exactement d’une toile d’araignée, leur but était de condenser la brume ou le brouillard et ainsi permettre la récupération de l’eau pour les besoins de la vie courante ou irriguer des cultures.

Plusieurs litres d’eau, jusqu’à 50 l/ m2, peuvent être récupérés par jour. De nos jours une installation au Chili produit 15 000l/j.

Les installations sont faites sur les flans des montagnes, ou dans des endroits où le vent est favorable au déplacement des brumes et des brouillards, comme le plateau de Nasca.

Filet attrape-brume ou attrape-nuage

Des filets attrape-brume ou attrape-nuages utilisés de nos jour.

Voici l’inventeur des filets attrape-brume ou attrape-nuages…

Une toile d’araignée, l’homme n’a rien inventé !

Condenseurs d’eau

Basé sur le principe de la condensation il existait, et existe encore de nos jours, les condenseurs d’eau en pierres.

Ce système était encore utilisé dans le sud de l’Espagne dans les années 1960/70 par des bergers dans des régions où il ne pleut pas beaucoup pour faire boire les troupeaux, cela consistait à faire une cuvette dans le sol, poser une bâche et faire des monticules avec les pierres qu’ils ramassaient dans les champs, la journée le soleil chauffe les pierres et la nuit avec la fraicheur l’air se transforme en vapeur à l’intérieur du monticule de pierres et se condense dans le fond sur la bâche, il suffit de mettre en place un système pour récupérer l’eau.

Il existe dans le Sud de la France des principes analogues près des cultures, vignes, oliviers, etc. qui permettent de transformer l’air en eau, on les appelle des « perrières ».

Maquette d’un monticule de pierres condenseur d’eau

Je n’ai pas décrit ici les techniques des terrasses andines, les andenes, volontairement car il n’y en a pas sur le plateau de Nasca.

En plus de celles décrites ci-dessus, il existe d’autres techniques d’irrigation, comme les foggaras, galeries sous les lits des rivières permettant de capter les eaux souterraines et dont il subsiste des parties fonctionnelles encore de nos jours.

Utilisées dans l’agriculture depuis l’antiquité toutes ces réalisations permettent d’amener de l’eau d’un point à un autre après avoir recueilli les eaux de pluie, de la fonte des neiges ou des glaciers.

Mais je pense avoir une autre idée sur l’érosion de ces crevasses dont on reparlera plus tard.

En rouge des relevés d’altitudes du plateau de Nasca.

1.7.4 Les eaux de ruissellement

L’examen du plateau de Nasca, permet de voir que celui-ci est entièrement dentelé dans ses parties Nord, Ouest et Sud, par des ruissellements d’eau ayant provoqué de grandes crevasses, les empreintes de ces ruissellements suivent la configuration topographique du terrain, pente Nord-Est/Sud-Ouest.

On sait qu’il ne tombe que quelques millimètres d’eau par an, la profondeur des crevasses démontre une érosion faite au fil du temps sur une longue période, sans oublier que la nature du sol est constituée de sédiments friables contrairement aux massifs montagneux qui sont des roches, ou de la lave, très dures.

Peut être que ces crevasses ont été faites par de grandes quantités d’eau venant des hautes montagnes suite à une forte fonte des neiges ou des glaces au début de notre ère et qui auraient peut être ruisselées sur le plateau de Nasca pendant une longue période.

Mais je pense avoir une autre idée sur l’érosion de ces crevasses dont on reparlera plus tard.

1.7.5 Glaciers

C’est dans la Cordillère des Andes que se trouvent les glaciers tropicaux ayant la plus grande épaisseur.

Les glaciers des Andes Centrales sont très sensibles aux variations climatiques et notamment à celles que génère le phénomène de El Niño.

Comme nous l’avons vu les glaciers actuels ont 1600 ans environ.

Les glaciers constituent une source de l’alimentation en eau, mais aussi un véritable danger pour les habitants de cette région, la fonte et les avalanches de glace, souvent provoquées par les séismes et éruptions volcaniques dans la Cordillère des Andes, sont à l’origine d’éboulements et de glissements de terrains entrainant des conséquences catastrophiques.

Le séisme du 31 mai 1970 à Ancash qui n’a duré que 54 secondes a fait 75 000 morts, 25 000 disparus et 200 000 blessés, il a également généré une avalanche de glace sur la face Nord du Huascaran qui a emporté tout ce qu’elle a rencontré sur son parcours, notamment une masse considérables de rochers, au total 80 millions de mètres cubes de matière qui ont entièrement recouvert les villes de Yungay et de Ranrahirca.

la suite vendredi prochain ……

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