Les prostituées pauvres et offensées

Les travailleuses du sexe dénoncent la loi de 2016, qui institue la pénalisation de leurs clients. Depuis, assurent-elles, leurs revenus ont baissé et les violences augmenté.

 

source : lalsace.fr

 

Le meurtre de Vanesa Campos, dans la nuit du 16 août, au Bois de Boulogne à Paris, a relancé le débat sur le sort des prostituées. Transgenre de 36 ans, cette Péruvienne a été tuée alors qu’elle tentait de défendre un client, assailli par un groupe de voleurs à la roulotte. Cinq hommes ont été interpellés et placés en détention provisoire dans cette affaire.

Des associations de défense des travailleuses du sexe assurent que ce drame est la conséquence de la loi de 2016 sur le système prostitutionnel. Cette loi a abrogé le délit de racolage passif et introduit la pénalisation des clients. Désormais, ces derniers risquent une amende de 1 500 euros – et même 3 750 en cas de récidive. « La loi est à 100 % responsable de la mort de Vanesa », a déclaré Giovanna Rincon, directrice d’Acceptess-T (*) lors de la marche blanche organisé en hommage à la défunte.

 

Selon elle, la pénalisation des clients aurait contraint les prostituées à travailler dans des lieux plus isolés et aurait réduit leurs revenus, nombre de clients ayant renoncé à faire appel à leurs services. « Certaines ne peuvent plus travailler, des femmes âgées n’arrivent plus à payer leur loyer et ne pourront certainement pas trouver d’autre travail à 60 ans », dénonce Françoise Gil, de l’association des Amis du Bus des femmes qui organise des maraudes auprès des travailleuses.

Moins de clients, mais plus « méchants »

Au Bois de Boulogne, les collègues de Vanesa Campos racontent toutes un quotidien de misère et de violences. La plupart viennent d’Amérique du Sud, Brésil, Argentine et Pérou. Assises devant leur van ou leur voiture, elles attendent, bas résille et décolletés affriolants. Un foulard noué sur le rétroviseur indique les véhicules où les clients peuvent s’arrêter. La fellation se négocie 20 ou 30 euros, la pénétration 40 ou 50 euros. Jessica, une Argentine qui fait le Bois depuis quatre ans, assure avoir constaté les effets de la pénalisation des clients : « Il y en a de moins en moins, c’est difficile… Mais je préfère travailler de jour, c’est plus tranquille. La nuit, il y a des insultes, on nous jette des bouteilles… Heureusement, dès qu’il y a un problème, les filles viennent vite. Mais les clients sont méchants avec nous. » Marouia, une Tahitienne, abonde : « Des groupes de jeunes, entre 17 et 20 ans viennent, nous insultent… Après, on les voit revenir seuls, un peu intimidés, et rentrer dans le Bois avec une fille ».

« Ils viennent faire leur marché »

Harcèlement, braquages, agressions sexuelles et viols, rapports non protégés imposés… Ces récits reviennent souvent aux oreilles de Sarah-Marie Maffesoli, coordinatrice chez Médecins du monde du programme Jasmine, de lutte contre les violences faites aux travailleuses du sexe. « La pénalisation des clients a paradoxalement renforcé leur pouvoir. Comme ils courent un risque, ils veulent que la passe se fasse à leurs conditions. Il y a moins de temps pour négocier les conditions, donc plus de pression. Et comme les clients sont moins nombreux, les travailleuses du sexe ne peuvent plus filtrer comme avant ». Françoise Gil ajoute : « La police ne les protège pas vraiment, elle préfère multiplier les contrôles de travailleuses migrantes et sans-papiers ».

La violence, dans le milieu de la prostitution, a toujours existé. Erica, quarante ans de Bois, est résignée : « De toute façon, les clients nous voient comme marchandises, pas comme des êtres humains. C’est comme s’ils venaient au marché chercher des carottes et des patates… »

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