Les rois mochicas, inventeurs de l’Etat

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Ces monarques du Pérou ancien sont les premiers hôtes du nouveau Musée d’ethnographie de Genève.

 

source : letemps.ch

Pour son exposition inaugurale, le nouveau Musée d’ethnographie de Genève (MEG) propose un sujet archéologique et peu lié à ses fonds, par ailleurs mis en valeur par une exposition permanente très dense. Ce sont les rois mochicas qui sont donc les premiers hôtes de l’immense halle creusée dans les entrailles de Genève. Tout cela est tout de même assez cohérent puisque l’essentiel des objets témoignant de cette ancienne civilisation andine provient de la sépulture du seigneur de Ucupe, mise au jour en 2008 par Steve Bourget, commissaire de cette exposition, et qui a été jusqu’à cet été conservateur du département Amériques du MEG.

Ucupe est un village andin situé sur la côte de l’actuel Pérou, au cœur de la vallée de Zaña. Le site de Huaca el Pueblo, où la tombe a été trouvée, est l’objet de fouilles pour mieux comprendre le développement de l’Etat dans cette région du monde. En effet, les Mochicas, ou Moches (prononcez Motché), sont sans doute la première civilisation andine (du IIe au VIIIe siècle) à avoir construit une structure étatique.

En l’absence d’écriture, les valeurs de la classe dirigeante ont été véhiculées par une culture visuelle, avec des symboles essentiellement animaux (le poulpe, l’hippocampe, l’araignée, le hibou) et des rites, y compris de sacrifices humains, en particulier des égorgements. On retrouve tout le processus de ces cérémonies sanguinaires dessiné sur certaines céramiques. Il s’agit de faire accepter comme naturelle la position des dominants. C’est en tout cas ce qui ressort de la lecture des objets découverts jusqu’ici, souvent dans des chambres funéraires telles que celle découverte par l’équipe de Steve Bourget.

Cette importante trouvaille archéologique a d’ailleurs inspiré la conception de cette exposition. Ainsi le Ministère de la culture péruvien a-t-il prêté les trésors de la sépulture du seigneur de Ucupe et ceux d’autres tombaux royaux, les campagnes de restauration ayant bénéficié de l’appui de la Ville de Genève et de l’Office fédérale de la culture. Des prêts des Musées ethnologiques de Berlin et de Stuttgart enrichissent encore la présentation. «Les conditions de sécurité du nouveau bâtiment permettent ce genre de prêt», souligne Boris Wastiau, directeur du MEG.

Les Mochicas exploitaient les ressources de l’océan Pacifique. Ils ont aussi développé un système d’irrigation leur permettant de cultiver le maïs et d’autres plantes. Ils ont construit des villes, des palais, ont développé des métiers d’art, réservés à une élite. Qui fabriquait pour elle-même couronnes et bijoux en métaux précieux, ornés de plumes et de turquoises, de coquillages et de lapis-lazuli.

Si au centre de la halle, les vitrines mettent en valeur ces objets luxueux ainsi que des poteries instructives par leurs formes et leurs dessins – des agrandissements permettent d’en mieux décrypter les contenus -, l’art mural est aussi représenté par une vaste reproduction. Des frises polychromes ont été photographiées et sont reproduites en grandeur réelle et en relief. Ces ornements, sur trois mètres de haut de boue séchée, donnaient toute leur force aux lieux rituels. La scénographie mise aussi sur un accompagnement multimédia, tant ludique que didactique, pour transporter le visiteur dans la réalité des Mochicas.

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