L’exception péruvienne

Share

Contrairement à la Bolivie, au Chili ou à la Colombie, le Pérou, secoué par les affaires de corruption, tente de gérer sa crise politique dans les urnes et non dans la rue.

source : lemonde.fr

Par Amanda Chaparro

Analyse. Alors que les pays de la région ont connu ces derniers mois d’intenses mobilisations (Equateur, Chili, Bolivie, Colombie), les Péruviens semblent faire preuve d’une certaine retenue face à la déliquescence de leur classe politique. Pourtant, pas une semaine ne passe sans que de nouveaux scandales viennent alimenter le feuilleton politico-judiciaire qui secoue le pays depuis plusieurs années. Avec, au premier chef, les retombées du « Lava Jato » brésilien, l’énorme scandale de corruption basé sur un système de pots-de-vin d’entreprises privées versés à des dirigeants politiques, dans lequel tous les ex-présidents péruviens des vingt dernières années sont impliqués, ainsi que des parlementaires, des gouverneurs, et celle qui concentre le plus d’attention actuellement, la leader de l’opposition, Keiko Fujimori (droite populiste). Fraîchement sortie de prison préventive après plus d’un an d’incarcération, elle est menacée d’y retourner au vu des nouveaux éléments qui pèsent sur elle au sujet du financement occulte de sa campagne présidentielle de 2011.

Un événement canalise – au moins temporairement – les colères : la dissolution du Congrès, le 30 septembre, et la convocation de nouvelles élections législatives, le 26 janvier 2020. Une décision accueillie favorablement par l’opinion (84 % d’approbation selon les sondages) qui assoit la popularité de Martin Vizcarra, ce président arrivé au pouvoir en mars 2018, lorsque son prédécesseur, Pedro Pablo Kuczynski, a été poussé à la démission dans le cadre de l’affaire « Lava Jato ».

Le Pérou sans Congrès depuis près de trois mois

Depuis près de trois mois, le Pérou vit donc sans Congrès. A sa place a été instituée une commission permanente aux fonctions réduites au minimum et sans capacité législative. Cette période transitoire doit durer jusqu’aux élections, comme le prévoit la Constitution.

Depuis son entrée en fonction, M. Vizcarra a fait de la corruption son cheval de batailleet la raison d’être de son mandat, qui doit prendre fin en juillet 2021. Perçu par certains comme sincère, par d’autres comme opportuniste, le président n’a eu de cesse de dénoncer l’obstruction permanente du Congrès, dominé par les fujimoristes (parti Fuerza popular – droite populiste) et leurs alliés de droite, suspectés de bloquer les réformes et de protéger leurs proches en recherchant l’immunité. Résultat : un gouvernement fragilisé et une forte instabilitéministérielle. Quelque trente-six changements de cabinets ont eu lieu en moins de deux ans.

La suite est réservée aux abonnés.

Donnez votre avis en laissant un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.