L’or éthique fait l’objet d’un vrai engouement

Paulette à bicyclette a été le premier joaillier français labellisé Fairmined, un label extrêmement exigeant sur les conditions de travail des mineurs, la traçabilité et le respect de l’environnement. Aujourd’hui, la demande dépasse l’offre.

source : lefigaro.fr

« Au début, quand nous communiquions sur le fait que tous nos bijoux étaient fabriqués avec de l’or éthique, l’argument semblait laisser indifférent, surtout les Français. Les clients venaient chez nous avant tout parce qu’ils aimaient nos collections originales – nous revisitons les bijoux pour de grandes occasions familiales comme le mariage – et nos premiers clients étaient étrangers. Petit à petit, les Français ont fini par arriver. Aujourd’hui, la demande dépasse l’offre». Hélène Grassin, fondatrice du joaillier Paulette à bicyclette en 2006, la première marque française à obtenir le label d’or équitable Fairmined en 2014, a un regard privilégié sur l’évolution de ce marché depuis des années.

Quand elle s’est lancée dans la création de bijoux, cette ancienne professeur de français ne se voyait pas travailler avec de l’or dont elle ne connaissait pas la provenance. C’est en 2010 qu’elle entend parler du label Fairmined, un label créé par l’Alliance for Responsible Mining. Il lui faudra quatre ans pour être labellisée.

Réservé aux mines artisanales, ce label est en effet extrêmement exigeant: excluant le travail des enfants, l’esclavage, la participation au financement de conflits armés, il garantit une traçabilité, des conditions de travail satisfaisantes pour les mineurs et une protection de l’environnement avec des critères très stricts (utilisation du mercure ou du cyanure pour l’extraction interdite ou utilisation en circuit fermé). Il prévoit notamment une prime de 4000 dollars par kilo d’or devant revenir aux mineurs (affectée à leur sécurité, l’amélioration du quotidien des travailleurs ou leur communauté sociale, comme la construction d’une école pour leurs enfants). De quoi expliquer que seules les mines de quelques pays (Colombie, Bolivie, Pérou et Mongolie, deux autres projets étant en cours en Afrique) puissent se prévaloir de cette certification.

90% des mineurs employés par des mines artisanales

Sachant que seulement 10% de l’or est produit dans des mines artisanales mais que ces dernières emploient

Patricia Montana (photo Alliance for Responsible Mining).

90% des mineurs dans le monde (soit près de 15 millions de personnes, 150 millions avec leurs familles), on comprend tout l’impact social d’une telle démarche. «Sachant que peu de fournisseurs sont en mesure d’obtenir une telle certification, nous sommes en train de mettre en place un label intermédiaire, un peu moins exigeant, CRAFT, qui permettrait à certaines mines de s’engager dans un cycle vertueux avec pour objectif, à terme, de viser le label Fairmined», explique Patricia Montana, responsable marketing de Fairmined.

Première pièce de monnaie en or Fairmined

Cette dernière était de passage à Paris ces jours-ci à l’occasion de la frappe de la première pièce de monnaie française de collection en or Faimined (provenant de Colombie), baptisée «Paix», qui commémore la fin de la première guerre mondiale.

Selon une étude réalisée par Nielsen, 66% des 30 000 consommateurs issus de soixante pays interrogés seraient prêts à payer plus cher des produits de marques responsables. Pourtant, Hélène Grassin, qui acquiert sa matière première à un prix supérieur de 11 à 15% aux prix du marché, ne répercute pas ce surcoût dans ses prix de vente. «Ce label nous a apporté une visibilité médiatique qui nous dispense de faire des campagnes publicitaires et je ne veux pas réserver l’accès à l’or éthique à des happy few», justifie-t-elle. D’autant que le joaillier utilise exclusivement du diamant de synthèse, de la moissanite, ce qui non seulement élimine tout impact de l’extraction mais également divise par deux le prix des pierres.

Deux tiers des bénéfices reversés aux salariés

Distinguée en 2015 par le Prix entrepreneuse responsable de PWN (Professional Women’s Network), Hélène Grassin mène le développement de Paulette à bicyclette tambour battant. Après sa boutique parisienne, un deuxième point de vente a ouvert en 2017 à Lyon et d’autres ouvertures devraient suivre. Huit personnes travaillent dans l’atelier attenant à la boutique parisienne, avec un souci de défense du «Made in France». «Nous travaillons à l’ancienne, nos bijoux étant forgés à la main, ce qui donne un métal très résistant», explique cette joaillière qui affiche de fortes convictions. Même si d’autres marques ont investi ce créneau (JEM, également certifiée Fairmined ou Or du monde, qui n’utilise que de l’or recyclé), son chiffre d’affaires (1 million d’euros) a doublé entre 2015 et 2017 et la marque est bénéficiaire depuis 2014. Si un tiers des bénéfices est réinvesti, les deux tiers sont reversés aux quinze salariés. Cela s’appelle être cohérent avec ses valeurs.

 

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