Maca: le ginseng péruvien à la conquête du monde

Après les baies de gôji et autres graines de chia, voici le maca -ou ginseng péruvien-, un tubercule originaire du Pérou. Sexualité, fertilité, tonus: les croyances lui donnent toutes les vertus. Qu’en est-il vraiment?

source : lexpress.fr

Le maca, c’est quoi?
C’est le tubercule d’une plante de la famille des crucifères (comme les radis), qui ne pousse qu’en altitude, dans des conditions assez extrêmes, majoritairement au Pérou. Cela ressemble à un navet jaune, même si une variété noire, plus rare, existe également. Son nom vient de la langue quechua, et signifierait « nourriture fortifiante cultivée en montagne ».  

Sa culture a été presque abandonnée dans les années 1960, mais a bénéficié d’un regain d’intérêt dans les années 1980, les autorités péruviennes ayant décidé de soutenir les cultures traditionnelles, en marge de l’agriculture industrielle.

Le ou la maca?

Si on parle de la plante, c’est au féminin. En revanche, si on parle du tubercule, à savoir ce qui se mange, c’est masculin.  

Comment est-ce que ça se mange?

Comme une pomme de terre ou une patate douce, ou plus généralement sous forme de poudre. Du coup, le maca fait des heureux parmi les adeptes de smoothie bowls, de latte, de muffins, de cakes… 

Quel goût ça a?

Une légère saveur entre noix et caramel. 

Quels sont ses bienfaits?

Selon les croyances, le maca serait la racine miracle pour tout soigner ou presque. Il traiterait quasiment tout ce qui touche à la sexualité, de l’impuissance à l’infertilité. Sans oublier l’anémie, le syndrome prémenstruel, la ménopause, la dépression, le cancer, etc. D’où son surnom de « ginseng péruvien », le ginseng étant sensé soigner beaucoup de maux. Bien évidemment, rien de cela n’est prouvé… 

Ce qui est confirmé, c’est sa teneur en vitamine C, en fer non-hémique (c’est-à-dire qui est d’origine végétale), en protéines et en sucres. Ce qui a sûrement un rôle dans son côté « boosteur ».  

Quels sont les risques?

Les études scientifiques avérées sont très peu nombreuses. Donc pour l’instant non-indicatives.  

En France, en 2008, L’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) émettait l’existence d’un risque « chez les sujets atteints de syndrome métabolique » [une personne souffrant de plusieurs problèmes de santé en même temps] et estimait que la sécurité d’emploi de la poudre de racine de maca n’était « pas démontrée ». Lors d’une étude effectuée sur 101 sujets, la consommation de 600mg par jour pendant 90 jours indiquait une « augmentation significative de la pression artérielle diastolique et du taux sérique de l’aspartate aminotransférase » [quand des muscles, comme le coeur, ou le foie, les reins ou le cerveau sont atteints, cette enzyme de libère dans le sang]. 

Combien doit-on en prendre?

Le maca n’est pas encore bien connu et les posologies sont surtout données par les fabricants de poudres et gélules. Les quantités indiquées vont de 500g à 1g, trois fois par jour.  

Pourquoi le surnomme-t-on « or des Incas »?

La maca est une plante majoritairement cultivée au Pérou, en altitude. Ses tubercules sont utilisés pour leurs vertus.

La maca est une plante majoritairement cultivée au Pérou, en altitude. Ses tubercules sont utilisés pour leurs vertus.

Getty Images/age fotostock RM/Emilio Ereza

La maca est cultivée depuis plus de 3000 ans dans les Andes, soit bien avant la civilisation inca (XIIIe siècle-XVIe siècle). Cependant, les Incas considérait ses tubercules comme sacrés. Seules les classes supérieures et les guerriers qui s’étaient distingués avaient le droit d’en consommer.  

Maca et « biopiraterie »

En juillet 2017, le ministère de l’Agriculture du Pérou indiquait que le pays produisait 50.000 tonnes de maca, dont 2.600 tonnes pour l’international. Les exportations sont passées de 5 millions de dollars (4,18 millions d’euros) en 2009 à 14 millions (11,7 millions d’euros) en 2013. 

Le maca attisant les convoitises, le Pérou s’est retrouvé face à plusieurs cas juridiques avec des groupes pharmaceutiques. Le plus emblématique est celui de MacaPure. En 2001, la société Pure World Botanicals -détenue par les Français Naturex-, a déposé des droits aux États-Unis pour la commercialisation exclusive d’un extrait de maca, nommé MacaPure. Pour le Pérou, il s’agit là de « biopiraterie », soit l’appropriation abusive par une société d’une ressource naturelle. L’avantage pour l’entreprise est clair: détenant un composant de la plante en exclusivité, elle devient de fait propriétaire de la plante et donc gère sa mise sur le marché et les licences d’exploitation partout dans le monde. Dans le cas de la maca, les Péruviens se retrouveraient alors à payer des droits pour pouvoir cultiver et vendre leur culture, pourtant traditionnelle. Naturex, dont les droits ont été confirmés en 2005, affirme avoir donné des licences d’exploitation gratuites aux Péruviens, ainsi qu’une majoration de 15% pour les producteurs locaux. 

Le pays continue sa bataille juridique aujourd’hui encore et a ratifié, avec plus de 50 pays (excepté les États-Unis et la Chine), le protocole de Nagoya, en 2014, qui accorde aux pays les droits sur leurs ressources naturelles.  

 

 

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