Manuel Pulgar-Vidal, ministre de l’Environnement du Pérou

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manuel-pulgar-vidal« Les institutions scientifiques nous fournissent des informations pertinentes pour éclairer nos décisions »

 

 

source : www.ird.fr

Manuel Pulgar-Vidal, ministre de l’Environnement du Pérou et président de la COP 20 à Lima, évoque pour Sciences au Sud les grands enjeux de cette conférence sur le climat. Il expose également sa vision des axes de recherche majeurs en lien avec l’environnement. Enfin, il souligne la nécessité d’une bonne articulation entre science, politiques publiques et société.

Sciences au sud : Assiste-t-on à une prise de conscience des opinions publiques, sur le plan mondial, des enjeux du changement climatique ?

Manuel Pulgar-Vidal : La prise de conscience est réelle car les conséquences du changement climatique s’observent déjà.

La manifestation massive qui a réuni 400 000 personnes à New York en cette fi n septembre en est le reflet et témoigne de cette urgence. L’opinion publique interpelle les décideurs : « Agissez, prenez des décisions pour affronter les conséquences du changement climatique dès aujourd’hui ».

SAS : La COP 20 s’ouvre prochainement à Lima. Qu’en attendez-vous ?

M.P.-V. : Le Pérou assume trois rôles dans le cadre de la COP 20. Celui de pays hôte et, à ce titre, toutes les questions liées à l’organisation sont pour nous fondamentales. Entre 10 000 et 12 000 visiteurs, selon nos estimations, doivent venir, ce qui en fait la plus grande réunion internationale jamais organisée dans l’histoire du pays !

Par ailleurs, nous assurons la présidence de la COP 20. Cela nous donne la responsabilité de créer un climat de confiance, qui permettra d’aboutir à un résultat concret à Lima dans la perspective de la Conférence des parties (COP21) de 2015 à Paris.

Enfin, le Pérou est l’un des Etats membres, un pays avec des besoins et des attentes qui, s’exprime via son bloc de négociation, l’Association Indépendante des pays d’Amérique latine et des Caraïbes. Pour chacun de ces trois rôles, nous accomplissons des tâches dédiées qui nous emmèneront, je crois, vers le succès de la nouvelle Convention des Parties.

A l’issue de cette conférence, nous espérons obtenir les prémisses d’un accord qui, non seulement constituera une avancée dans les négociations, mais qui sera aussi un signal politique pour faire de Paris 2015 un succès !

La deuxième chose que nous appelons de nos vœux, c’est qu’à Lima se crée une plate-forme qui amplifie l’ambition pré-2020 en matière d’efforts d’atténuation des émissions de gaz à effet de serre.

Le troisième point consiste à faire avancer le débat sur les finances climatiques et, pour cela, nous comptons sur la volonté politique des pays pour mobiliser et capitaliser les ressources du « Fonds vert » pour le climat. Nous devons également accomplir notre mandat et approuver les différentes contributions nationales, un élément clé de la négociation.

Enfin, nous souhaitons voir la mise en œuvre des mécanismes Redd+.

[…]

SAS : Le GIEC vient de rendre public son cinquième rapport. Comment interagit-il avec la COP 20 ?

M.P.-V. : La convention cadre des Nations unies sur le changement climatique a eu différents moments dans sa relation avec la science.

Quand, en 1992, la conférence de Rio s’est tenue, elle s’est appuyée sur l’expertise scientifique du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, qui avait mis en évidence une modification de la température moyenne de l’atmosphère. Bien qu’il n’y eût pas de certitude absolue sur l’origine anthropique du changement climatique, le Monde s’est tout de même mis d’accord.Cinq ans plus tard, une convention et un protocole ont vu le jour.

A la suite de cela, le processus est entré, de mon point de vue, dans une logique très politique qui a divorcé de la science. La dynamique est alors devenue plus complexe, plus difficile.

Aujourd’hui, la science a repris toute sa place, en particulier grâce aux informations importantes fournies par le Giec.

SAS : Quels sont les grands champs de recherche en environnement qui vous semblent aujourd’hui déterminants pour l’avenir du Pérou. Et pourquoi ?

M.P-V : Ils sont nombreux ! Certains sont liés à la météorologie mais ne concernent pas que les températures.

Dans le bassin amazonien, par exemple, les recherches sur les débits sont essentielles puisque nous observons à la fois des sécheresses et des inondations extrêmes.

L’information scientifique sur les stocks de carbone est aussi importante. Tout ce qui permet de déterminer le potentiel des forêts pour capturer et séquestrer le carbone doit faire l’objet de recherches.

De même, il est capital de produire des données sur El Niño, dont les occurrences sont plus fréquentes, pour mieux en appréhender les conséquences sur des activités économiques comme la pêche, ou sur les événements climatiques extrêmes. Il convient également d’étudier les impacts que peut engendrer El Niño à un niveau global.

Les recherches sur la fonte des glaciers tropicaux sont aussi fondamentales dans cette région, compte tenu de leur importance pour la disponibilité des futures ressources en eau.

La biodiversité et son degré d’altération, notamment en ce qui concerne certaines cultures très sensibles aux augmentations de température, doivent être étudiées. Enfin, il me semble important de développer les études sur certaines pratiques traditionnelles dans notre pays comme les techniques ancestrales d’irrigation.

D’autres thèmes pourraient être évoqués, mais ceux que j’ai énoncés plus haut me semblent clefs.

 

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