Mario Vargas Llosa : « L’Amérique Latine va beaucoup mieux qu’avant »

Face à l’élection présidentielle au Brésil où le candidat d’extrême droite mène dans les sondages, le prix Nobel de Littérature péruvien affiche un bel optimisme sur les progrès de la démocratie en Amérique Latine.

source :lesechos.fr

Le Brésil vote ce dimanche et  les derniers sondages donnent le candidat d’extrême droite,  Jair Bolsonaro , en tête. « Son élection serait une tragédie, mais  Fernando Haddad [le candidat du Parti des Travailleurs de l’ancien président Lula, en prison] n’apportera rien, il n’a pas d’idées », observait samedi à Paris, l’écrivain Mario Vargas Llosa , invité du « Monde Festival ». Au-delà de ce scrutin guetté avec inquiétude, l’écrivain péruvien voit matière à se réjouir dans le ras-le-bol des Brésiliens pour le système en place. « Ce qu’il s’est passé au Brésil est très positif. Il y a eu un mouvement populaire contre la corruption. Le peuple brésilien a eu des juges valeureux qui ont envoyé en prison entrepreneurs et politiciens. Les Brésiliens veulent une véritable démocratie, pas cette pourriture ». Pour lui, le scandale Odebrecht a été l’expression « de la contamination de la corruption brésilienne à toute l’Amérique Latine ». Un scandale qui a notamment conduit à la démission du président péruvien Pedro Pablo Kuczynski, accusé d’avoir menti sur ses liens avec le grand groupe de BTP, auquel Martin Vizcarra, jusqu’ici premier vice-président, a succédé fin mars.

Et même si l’écrivain note avec inquiétude la montée des populismes, de gauche (Lopez Obrador au Mexique) ou de droite comme au Brésil, il estime que la démocratie a fait beaucoup de progrès dans la région.

« L’Amérique latine se porte beaucoup mieux que quand j’étais jeune, où c’était une collection de dictatures », assure-t-il. De Somoza au Nicaragua à Trujillo en République dominicaine entre les années trente et soixante, du maréchal Branco au Brésil en passant par Pinochet au Chili, Videla en Argentine, ou Bordaberry en Uruguay dans les années soixante-dix, il n’y a guère eu que le Costa Rica pour ne pas connaître de régime dictatorial dans la région.

Aujourd’hui, affirme le prix Nobel de littérature, qui a lui-même été candidat malheureux à la présidentielle de 1990 au Pérou, « la démocratie est acceptée comme le seul schéma pour devenir moderne et prospère ». L’Argentine et le Chili sont à ses yeux des exemples très encourageants, même si l’Argentine rencontre des problèmes économiques sérieux. Il observe au Chili un respect général de l’institution démocratique. « Le mythe de la révolution au fusil a disparu » en Amérique Latine, explique l’écrivain dont les opinions politiques ont muté au long des années de gauche à droite. Pour lui, la région a longtemps été un « exécutoire de rêves politiques européens ».

 

Reste aujourd’hui encore ceux qu’il appelle les « pays de l’utopie collectiviste et étatiste », Nicaragua, Cuba et surtout le Venezuela. « Jamais dans l’histoire de l’Amérique Latine un pays ne s’est détruit comme le Vénézuela, c’est un cas tragique. Personne ne peut prendre ce pays comme modèle. »

Virginie Robert

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