Pachamama : « rendre à la Terre une partie de ce qu’elle nous donne »

La co-production grand-ducale Pachamama, un conte initiatique sur l’arrivée des conquistadors en Amérique du Sud, est sortie en salle mercredi. Le Quotidien a rencontré le réalisateur argentin Juan Antin, présent pour l’avant-première au Grand-Duché.

source : lequotidien.lu

Comment est né le film ?

Juan Antin : C’est né quand j’étais à Cuba pour présenter mon premier film, Mercano, el marciano, au festival de La Havane. Un soir, je regardais la mer et je me suis rappelé que c’était sur ces côtes-là que les Espagnols ont débarqué la première fois en Amérique. J’ai alors commencé à imaginer les bateaux qui arrivaient et les indigènes qui ont vu débarquer ces hommes resplendissants dans leurs armures. Comment chacun voyait l’autre.

Et tout le côté autour de la Pachamama ?

J’ai voulu raconter cette histoire, mais du point de vue des Amérindiens. Après, ma femme étant anthropologue – c’est elle qui a fait le développement graphique du film – on a beaucoup voyagé dans le nord de l’Argentine, du côté de Salta, mais aussi en Bolivie et au Pérou. C’est là que je suis tombé amoureux de la culture de la Pachamama. J’ai donc voulu raconter cet amour, ce respect et cette gratitude qu’ils ont pour la Terre-Mère dans ces peuples. Je trouve qu’ils ont beaucoup à nous apprendre à ce niveau-là.

« Il y a un message écologique intéressant dans ces cultures anciennes »

D’autant que ces croyances sur la Pachamama, la Mamacocha (la mer), la Mama Quilla (la lune), etc., méconnues en Europe, demeurent en Amérique latine.

Bien sûr, il y a des millions de personnes en Amérique du Sud, en Bolivie surtout, qui ont encore aujourd’hui un puits pour Pachamama dans le fond de leur jardin. Et lors de la fête de la Pachamama en août, ils font des offrandes incroyables! Cette idée de rendre à la Terre une partie de ce qu’elle nous donne, je trouve ça très fort. Il y a un message écologique intéressant dans ces cultures anciennes.

Quel est ce peuple dont font partie Tepulpaï et Naïra ?

On ne nomme pas leur peuple, mais c’est clairement un peuple andin. En travaillant dessus, je pensais aux calchaquí dans le nord de l’Argentine; leur village pourrait se situer dans la Quebrada de Humahuaca. Mais ça pourrait être aussi un autre des nombreux peuples conquis par les Incas, comme les Aymaras. Le but était vraiment de différencier les villageois des Incas, et c’est pour ça que visuellement les premiers ont la tête ronde, tandis que les seconds ont la tête carrée. Les premiers inspirés par les poteries, les autres par la forme des temples. C’est une manière de montrer que les choses ne sont pas noires ou blanches avec des méchants d’un côté et des gentils de l’autre. Il y avait des tensions dans la région même avant l’arrivée des conquistadors.

Ce qui est fort dans le film, c’est que le récit est simple…

C’est un conte, un conte initiatique…

La force de ces cultures était justement la simplicité

En même temps, c’est extrêmement riche, voire savant, sur ce monde précolombien.

C’est exactement ce qu’on a cherché à faire. Faire simple, parce que la force de ces cultures était justement la simplicité. Si on regarde l’art précolombien, c’est simple, réaliste, mais de manière synthétique, très épuré. On a voulu être le plus authentique possible. C’est aussi pour ça que les Espagnols, eux, sont plus baroques et que leurs costumes ont beaucoup plus de détails. Après, j’ai aussi voulu que ça reste un récit simple, premièrement, parce que ça s’adresse aux enfants, deuxièmement, parce que si l’histoire est complexe, on entre dans l’analyse et on sort de l’émotion. Alors que Pachamama est un film fait de sensations, de couleurs, de musiques…

Comment vous êtes-vous retrouvé à coproduire ce film avec le Luxembourg ?

C’est un film avec un budget de près de 7 millions d’euros. J’avais prévu de le produire avec ma société en Argentine, mais la chute du peso argentin ces dernières années a fait que je n’ai pas pu le coproduire moi-même. Ici, on a trouvé un studio partenaire, Doghouse films, qui est entré dans le projet et qui a obtenu une aide importante du Fonspa. Au début, c’était donc un but avant tout financier, mais après, on a aussi trouvé ici des talents incroyables qui ont superbement travaillé et beaucoup apporté au projet.
Recueilli par Pablo Chimienti

Pachamama, de Juan Antin. Diffusion dans le réseau Kinepolis et Caramba.

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