Pérou. La main-d’œuvre gratuite n’a pas d’âge

Une proposition qui légalise le travail gratuit avec pour prétexte d’intégrer les jeunes dans des activités formatrices. El Comercio/Zuma/REA
 

 

source : andrenicolas.centerblog

Manifestations contre un projet de loi qui prévoit de faire travailler des lycéens et des étudiants du technique, mais sans rémunération.

La réponse des concernés ne s’est pas fait attendre : « Non à la loi des esclaves », ont-ils rétorqué. C’est là l’un des slogans entendus à Lima dans le cortège violemment dispersé par la police vendredi, alors que des centaines d’étudiants et de lycéens des filières techniques manifestaient contre le projet de loi relatif au « travail juvénile ». Une commission du Congrès a en effet approuvé en première lecture la proposition de loi de la députée Rosa Bartra, du parti fujimoriste, Fuerza Popular, visant à introduire des « modules de formation pour les lycéens et étudiants du technique », afin, a-t-elle expliqué, que les élèves aient « des expériences en situation réelle de travail ». Ni stage ni emploi, les modifications de la parlementaire préconisent que les jeunes des carrières techniques travaillent un maximum de 448 heures réparties sur trois ans, avec un seuil maximum de quatre heures par jour et vingt heures hebdomadaires, de manière totalement gratuite et volontaire.

Plus de 60 organisations de jeunesse ont battu le pavé

Nombre de lycéens et d’étudiants, qui ont défilé dans la cité blanche d’Arequipa, à Puno ou encore à Tacna, ont fait valoir que leur temps libre était aujourd’hui consacré à des petits boulots pour justement financer leurs études. À Iquitos, ce sont plus de 60 organisations de jeunesse qui ont battu le pavé contre l’idée d’être « volontaire » pour travailler à l’œil. Autrement dit, d’avaler sans ciller la mise en concurrence des jeunes entre eux et des salariés.

Cette proposition « légalise la main-d’œuvre gratuite avec l’excuse de les intégrer dans des activités formatrices », a critiqué la députée de gauche de Nuevo Peru Indira Huilca. Même le ministre du Travail, le conservateur Javier Barreda, a reconnu que « cela pouvait ouvrir la possibilité à ce que des mauvais employeurs embauchent des jeunes sans aucune rétribution économique (…) et que des jeunes désespérés acceptent. Tout travail doit avoir une rémunération par principe », a-t-il insisté, en précisant que l’exécutif pourrait retoquer le document à l’ouverture officielle de la session parlementaire, en mars. Façon de faire oublier que cette proposition de loi n’aurait jamais dû être adoptée en commission.

Quant à son instigatrice, elle ne démord pas. Tout en annonçant une « pause » provisoire de son texte, Rosa Bartra a défié les étudiants en exigeant d’eux qu’ils démontrent en quoi cette loi les réduira en esclavage durant trois ans. Et si tel est le cas, a-t-elle osé braver avec mépris sur un plateau de télé, « je leur paye la carrière ».

Journaliste à la rubrique Monde

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