Le Pérou s’enfonce dans une crise politique

Le pays est secoué par la grâce accordée à l’ancien président Alberto Fujimori, incarcéré pour crime contre l’humanité, mais aussi les scandales de corruption qui éclaboussent le pouvoir.

source : lesechos

La colère des Péruviens ne retombe pas. Jeudi, des milliers de personnes ont manifesté à Lima contre la grâce accordée à l’ancien président péruvien Alberto Fujimori par le président actuel Pedro Pablo Kuczynski, qui a été interrogé par la justice sur  des soupçons de corruption .

Les deux affaires, qui placent le dirigeant de centre droit dans une situation délicate, sont directement imbriquées.

Kuczynski sauvé de justesse

Tout a commencé par  le scandale d’Odebrecht , géant du BTP brésilien qui a reconnu avoir payé près de cinq millions de dollars à des entreprises de conseil liées à Pedro Pablo Kuczynski, alors ministre, entre 2004 et 2013, laissant soupçonner l’existence de pots-de-vin.

Des soupçons graves qui ont poussé l’opposition à lancer une procédure de destitution du président au Parlement. Lors de cette séance du 21 décembre, ‘PPK’ (acronyme et surnom de Pedro Pablo Kuczynski) a sauvé son poste de justesse grâce au soutien d’une partie du puissant mouvement politique fondé par Alberto Fujimori, pourtant dans l’opposition et désormais dirigé par ses enfants.

 

Un renvoi d’ascenseur ?

Un soutien étonnant qui pourrait trouver son explication trois jours plus tard, lorsque le président Kuczynski, 79 ans, a accordé une grâce à Alberto Fujimori, qui purge une peine de 25 ans de prison pour crimes contre l’humanité et corruption. Une grâce qui est interprétée comme un renvoi d’ascenseur en échange du vote des parlementaires du parti de Fujimori.

Cette décision a provoqué une crise politique. Les familles des victimes du gouvernement d’Alberto Fujimori y voyant une « trahison » de la part de Pedro Pablo Kuczynski, qui s’était engagé durant sa campagne électorale de 2016 à ne pas libérer l’ancien chef de l’Etat, âgé lui aussi de 79 ans. Face au tollé, Alberto Fujimori a demandé « du fond du coeur » aux Péruviens de lui pardonner ses erreurs passées.

« Le pardon est une insulte »

Des excuses qui n’ont pas convaincu la population. Environ 5.000 personnes qui reprochent à ‘PPK’ d’avoir ainsi négocié sa survie à la tête de l’Etat ont défilé jeudi à Lima avec pour mot d’ordre « Le pardon est une insulte », avant d’être dispersées avec des gaz lacrymogènes.

L’indignation se répand également au niveau politique. Mercredi, le ministre de la Culture Salvador del Solar a présenté sa démission, tout comme trois parlementaires du camp présidentiel. Le président exécutif de la radiotélévision publique, Hugo Coya, a également démissionné.

Sur le front de la justice, les militants des droits de l’homme se mobilisent. Des avocats des victimes et d’ONG tentent de saisir la Cour interaméricaine des droits de l’homme, dont le siège est à San José au Costa Rica, afin qu’elle demande des comptes au gouvernement péruvien et analyse cette grâce en vue d’une éventuelle annulation. De son côté, l’ONU s’est dit « consternée » par cette « gifle pour les victimes ».

ALBERTO FUJIMORI ET « L’ESCADRON DE LA MORT »

Président du Pérou entre 1990 et 2000, Alberto Fujimori a été condamné en 2009 à 25 ans de prison pour crime contre l’humanité. Il aurait été à la tête d’un « escadron de la mort » chargé de l’enlèvement et de l’assassinat de civils. Il aurait notamment organisé le massacre de 25 personnes entre 1991 et 1992, à une période où son gouvernement menait une véritable guerre contre des guérillas d’extrême gauche.

 

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked