Pour sa tribune sur le coronavirus, Mario Vargas Llosa s’attire les foudres de la Chine

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Au détour d’une tribune analysant notre rapport à la peur des épidémies, l’illustre écrivain péruvien a glissé que le coronavirus provenait de Chine. Depuis, ses livres ont disparu des sites de vente du pays. 

source : courrierinternational.com

Pourquoi la peur de la peste – quelle que soit la forme de l’épidémie – traverse les lieux et les époques ? L’auteur péruvien de Conversation à ‘La Cathédrale’ livre son analyse dans une tribune publiée par El País dimanche 15 mars. Il y explique notamment le caractère profondément religieux de cette crainte : on touche là à l’irrationnel. “La terreur de la peste n’est jamais que la peur de la mort, qui nous accompagnera toujours comme une ombre”.

La Chine est citée deux fois dans le texte, dont une pour critiquer ce modèle d’“économie de marché avec une dictature politique”, qui ne peut servir d’exemple au reste du monde. Mais la première occurrence est celle qui a déclenché l’ire de Pékin :

Le coronavirus commence à faire des ravages en Espagne. Ou plutôt, disons que l’effroi suscité par ce virus provenant de Chine occupe tous les journaux télévisés, les radios, les journaux”

Réaction épidermique

La réponse de la République Populaire ne s’est guère fait attendre. Lundi 16 mars, El País rapporte que l’ambassade de Chine à Lima a publié un communiqué virulent. “Si M. Vargas Llosa, en tant que personnalité médiatique, n’est pas prêt à collaborer [dans la lutte contre l’épidémie], qu’au moins il ne diffuse pas des opinions irresponsables et préjudiciables, qui ne servent à rien”, peut-on y lire. Dans le même temps, les internautes chinois qui tapent des recherches sur Mario Vargas Llosa ne peuvent pratiquement plus acheter les romans du prix Nobel 2010. Le quotidien espagnol relate que seuls quelques titres sont passés à travers mailles du filet de la censure, et à condition de taper le nom complet de l’auteur en caractères chinois.

La réaction de l’ambassade au Pérou prouve une fois de plus, aux yeux d’El País, que “dire que le virus est ‘originaire de Chine’ est devenu parfaitement tabou”. Ce en raison de la stratégie acharnée de Pékin visant à “modifier la perception internationale sur le rôle de la Chine dans la pandémie”. La Chine, explique le quotidien,

ne veut plus être considérée comme le pays où les premiers cas ont été détectés et où l’épidémie est survenue après que les autorités ont tenté d’étouffer le problème ; mais bien comme un État responsable, qui a su prendre des mesures énergiques, a été capable de résoudre la crise et contribue désormais à aider le reste du monde.”

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