Restauration. Du Pérou à la rue des Hauts-Pavés chez De Lima

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tatianaTable ouverte chez l’exilé. Ils sont nés dans un autre coin de la planète. Ici, maintenant, dans leur resto nantais, ils cuisinent leurs saveurs d’enfance. Cet été, ils nous racontent leur grand départ. Rencontre avec la Péruvienne Tatiana Robles.

source : ouest-france.fr


« Holà. Que tal ? De vacaciones ? » Quelques mots saisis en plein vol entre deux laveurs de vitres, Vénézuéliens, et Tatiana Robles, Péruvienne, sur un bout de trottoir, un matin d’été, rue des Hauts-Pavés, ici à Nantes, à des milliers de kilomètres du continent sud-américain.La jeune femme nous ouvre grand la porte de son restaurant De Lima, acceptant avec un plaisir non feint de mettre sur la table non pas ses talents de cuisinière et mais ses souvenirs d’exil.

« On crânait »

« J’avais un sac à dos rempli de livres en français que ma mère avait acheté et des poupées. Rien d’autre », sourit Tatiana Robles. « J’étais ultra-couverte et mal à l’aise avec un collant en dessous d’un jean ». Elle avait 11 ans, prenait l’avion pour la première fois et vivait ce grand départ comme une aventure qui ne devait durer qu’un an. « J’ai l’impression que tout s’est passé très vite et n’avoir pas compris grand-chose ».Son père militaire-diplomate était rentré un soir en annonçant que toute la famille s’envolerait pour Paris où il devait représenter la force aérienne du Pérou. Tatiana et sa sœur sont excitées par ce grand voyage. « On crânait à fond. Pour nous la France, c’était Chanel et Yves Saint Laurent. C’était trop la classe. » En arrivant, « on ne se la pétait plus avec nos têtes de Péruviens ».Paris, la neige, une ville froide et grise, un peu comme ses habitants. C’est la première impression qui envahit la fillette. « Les gens me faisaient peur. Ils portaient tous les impers et ressemblaient à des robots. » Les aliments en boîte, en paquet, en bouteille, en sachet lui coupent l’appétit, les fruits « moches » ne la tentent pas. La musique, la famille, la fête lui manquent énormément. Mais ses parents l’emmènent parcourir la France et même visiter l’Europe. « On pensait tellement n’y rester qu’un an. »

Sacrifice

Le voyage va s’assombrir avec le décès de ses grands-parents, restés au pays. « Ma mère était dévastée », dit-elle pudiquement. Et puis le Pérou fut ensanglanté par un conflit armé avec le Sentier Lumineux qui a fait des milliers de morts dans les années 1980 et 1990. Cela signifie pour Tatiana, un non-retour et deux années d’errance avec sa mère et sa sœur, le père étant reparti au Pérou. Une situation irrégulière, des nuits à l’hôtel, au Secours populaire ou chez un marchand de sommeil. « Nos parents nous ont toujours dit que notre avenir serait meilleur en France. Ils ont sacrifié leur vie pour nous. »La dégringolade est sévère. À son retour en France, le père militaire devient homme de ménage pour faire vivre sa famille, désormais installée à Nantes. La mère, professeure de littérature, décroche un mi-temps dans une bibliothèque. « Toute ma vie, je leur dirai merci ».Tatiana, qui a aujourd’hui la nationalité française, n’a revu son pays qu’à l’âge de 21 ans. « J’ai pris une sacrée dose de bonheur et depuis j’ai toujours en moi l’envie d’y retourner. Ma culture est française, mon cœur péruvien ».
Dans son petit resto, celle qui imaginait courir le monde avec un diplôme en force de vente a trouvé un remède contre le mal du pays : la cuisine.

1 Comment on

Restauration. Du Pérou à la rue des Hauts-Pavés chez De Lima

francois said : 9 months ago

Je vous aurai bien donné un avis sur ce restau, j’étais à Nantes la semaine dernière, malheureusement, l’établissement était fermé pour congé annuel au mois d’août. Si quelqu’un, passe part là, et a l’occasion de goûter à l’ambiance et à la cuisine, qu’il nous envoie ses impressions !

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