« Un trafic international de cocaïne désorganisé »

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Palais_de_justice_Saint-Denis. Le tribunal correctionnel a examiné, hier matin, un dossier de trafic de cocaïne en provenance du Pérou. Sur les douze prévenus convoqués, seuls sept se trouvaient à la barre.

 

source : clicanoo.re

Comme souvent dans ce type d’affaire, c’est un renseignement anonyme qui arrive aux oreilles des enquêteurs dans le courant de l’année 2012. Ils apprennent qu’un certain Yasine revendrait de la cocaïne dans l’ouest de l’île au prix de 120 euros le gramme.

Des noms apparaissent dont celui de Peniel Acapandié, un joueur de handball déjà connu de la justice, et celui d’un certain Jean-François Campo, surnommé Jeff « le Malgache ».

Le 21 juillet 2013, une première vague d’interpellation démantèle le réseau. Une deuxième vague d’arrestations, concernant plus les sous-fifres, intervient en octobre de la même année. Au total une quinzaine de personnes sont mises en examen pour trafic de stupéfiants en bande organisée « ou on devrait dire désorganisée », ironise le Président Hugues Courtial.

L’enquête démontre que c’est Jeff Campo, alors placé sous bracelet électronique suite à une condamnation de 2010 pour trafic de stupéfiants qui est à l’origine de ce « business ». L’homme de 52 ans, avait réussi, grâce à une connaissance, à prendre contact avec un trafiquant de cocaïne au Pérou. Peniel Acapandié, était quant à lui chargé de trouver des « investisseurs », qui devaient procurer les fonds nécessaires à l’achat de la drogue et des voyages jusqu’au Pérou.

Un premier voyage était organisé en octobre 2012. Olivier Joseau et Philippe Schneider, tous les deux absents hier, devaient servir de mules. Sur le papier, tout semblait bien organisé. Départ de la Réunion vers Madagascar, puis escale en Afrique du Sud, avant de prendre un avion en direction de Lima. Là, les passeurs étaient réceptionnés. Un mandat cash était alors émis depuis la Réunion vers le Pérou pour payer la drogue. Celle-ci, en gros un kilo, était conditionnée en boulettes, que les deux hommes devaient ingérer avant de faire le voyage retour. Ils devaient alors être récupérés à Madagascar où la drogue devait être récupérée avant d’être coupée avec du lactose et introduite à la Réunion par voie maritime ou aérienne. Mais cette « belle » organisation a très rapidement tourner à la farce.

Au Pérou, les deux mules récupèrent bien la drogue, mais ils sont incapables d’ingérer la totalité des « olives » conditionnées trop grosses. De plus, Philippe Schneider va rater trois fois l’avion. Seul, Olivier Joseau va repartir avec 400 grammes de cocaïne dans le ventre et dans l’anus. « Mais en réalité nous n’avons rien eu », affirme Jeff Campo, niant être à l’origine de ce premier voyage. « Philippe Schneider a tout expulsé lors de son escale au Brésil », explique-t-il au grand doute du président Courtial.

Un second voyage est organisé pour avril 2013. Comme pour le premier , ce sont des « investisseurs » privés qui mettent la main à la poche contre quelques grammes en retour. Cette fois, c’est Gabriel Mouyon, un jeune toxicomane d’une vingtaine d’années qui part. Présent à l’audience, il raconte. « Le voyage aller s’est bien passé. Au Pérou, j’ai récupéré la drogue ». Toujours à peu près un kilo conditionné en boulettes de 8 à 10 grammes qu’il faut avaler. « J’ai pas pu les avaler. Alors j’en ai attaché un peu sur mon ventre et j’ai mis quelques boulettes dans mon anus et je suis retourné à Madagascar », explique-t-il. D’après lui, il n’aurait ramené que la moitié du produit soit entre 400 et 500 grammes. « Je n’étais pas payé. Je devais recevoir 10% du poids pour le changer ensuite en héroïne car je n’aime pas la coke ».

En juillet, un troisième voyage est mis en place. Cet fois la mule se nomme Xavier Pujol, 51 ans. Lui aussi présent à l’audience, il relate son périple. « La drogue était mal conditionnée. J’avais demandé que cela soit plus petit pour les avaler, mais c’était mal fait. Sur les 800 grammes que je devais prendre, j’en ai pris que 80 grammes. En Afrique du sud, je me suis fais contrôler. Au moment, où ils voulaient me faire un touché rectal, ils se sont aperçus qu’ils n’avaient plus de gants alors ils m’ont laissé partir », narre encore le quinquagénaire. Au final, on apprendra que sur les 80 grammes, la moitié a été consommé à Madagascar et le reste à La Réunion. « Si je vous comprends bien tout cela n’a été qu’un gigantesque fiasco », souligne, dubitatif, le président Hugues Courtial. « Oui », admet Jean François Campo. « Mais, à l’époque tout le monde dit que vous rouliez sur l’or », remarque encore le magistrat. Jeff le Malgache ne répond pas.

Le procureur Pierre Bernard a requis des peines d’emprisonnement allant de trois ans de prison à des peines avec sursis. Mais aussi des amendes, douanières et pénales, allant de 240 000 à 8 000 euros. « Je sais que l’Etat français est pauvre, et là, il réclame plus d’un million d’euros d’amende », réplique le bâtonnier Georges André Hoarau, conseil de Xavier Pujol.

Jean François Campo a été condamné à 5 ans de prison, et le tribunal a ordonné un mandat de dépôt. Péniel Acapandié et Olivier Jouseau ont écopé de 3 ans fermes avec mandat d’arrêt. Les autres peines sont échelonnées entre 18 mois ferme et 12 mois avec sursis.

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