Vargas Llosa, disciple de Goebbels

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Dans l’interview qu’il a accordée récemment au journal O Estado de Sao Paulo, l’écrivain a répété ses fatigantes litanies sur la politique sud-américaine et affirmé que « les Argentins vont énormément regretter la défaite de Mauricio Macri.

par Atilio Borón

source : bolivarinfo

Comme si ça ne suffisait pas, il a qualifié à nouveau de « tragédie » la victoire d’Alberto Fernández et a attribué cette – pour lui mauvaise – décision de voter pour le Front de Tous à une soi-disant vocation suicidaire des Argentins. Et il a jouté que « cette vocation suicidaire est quelque chose de vraiment extraordinaire car on sait que tous les problèmes actuels du pays ont été causés par le péronisme. »

J’ai vraiment beaucoup hésité avant de m’asseoir pour écrire une réponse à ces affirmations. Mais compte tenu que ces « idées » – ce produit semi-intellectuel qui doit être différencié des « idées » – du narrateur sont énormément diffusées grâce à l’action concertée de l’oligarchie médiatique mondiale, il m’a semblé qu’entrer en lice et réfuter son discours était important. La confusion et l’abrutissement qu’il encourage dans l’opinion publique exige des réponses rapides à ses attaques vénéneuses. Je me concentrerai sur 3 sujets.

Premièrement, il serait étonnant ou stupide que nous, les Argentins, nous regrettions la défaite d’un Gouvernement qui a augmenté la pauvreté à 40,8 % de la population et a laissé 35 % à peine au-dessus de la ligne de pauvreté (LP), une chose qui est normalement éludée dans beaucoup d’interventions de journalistes et d’enseignants. Comme si les 60 % restants « non pauvres » étaient constitués par les solides classes moyennes ou des rupins au gros portefeuille. Non ! Une bonne partie de ce conglomérat est formée de gens qui, à un moment donné, se sont trouvés en-dessous de la ligne de pauvreté. Avec un certain optimisme, nous pourrions dire que peut-être les 25 % qui ne sont ni pauvres ni riches sont en danger de le devenir. Mais le reste marche sur le fil du rasoir, mettant en place quotidiennement mille stratégies pour ne pas tomber en-dessous de la ligne de pauvreté. Une donnée supplémentaire illustre notre affirmation : 6 enfants argentins sur 10 sont pauvres. Exposer à nouveau ici les données archi-connues sur la crise économique et l’urgence nationale dans lesquelles nous a laissés le Gouvernement de Macri relèverait du mauvais goût: chute du salaire réel et des retraites, nombre impressionnant de petites et moyennes entreprises qui ont fermé leurs portes, chute du PIB, gros tarifs excessifs des services publics, inflation incontrôlée et endettement extérieur phénoménal, outil destiné à pratiquer une fuite de capitaux sans précédent qui constitue la marque de fabrique de la corruption du Gouvernement de Cambiemos. La tragédie, c’est ce que nous avons subi pendant ces 4 dernières années de gouvernement de son ami Mauricio, pas le nouveau Gouvernement d’Alberto Fernández dont le peuple espère beaucoup. En somme : rien que nous devions regretter !

Un homme comme Vargas Llosa peut-il ignorer des données aussi élémentaires que celles-ci ? Impossible. Nous écartons cette hypothèse. Ses critiques sont l’expression de l’obsession fanatique d’un converti ou, pire encore, de quelqu’un à qui ont a confié la mission d’exécrer tout ce qui s’oppose au paradigme néolibéral même s’il doit mentir et cacher la réalité sous le tapis.

Deuxièmement, dire que tous les problèmes de ce pays ont été « causés par le péronisme » est une insulte à l’intelligence de ses lecteurs. Comment ignorer que depuis 1930, l’Argentine a subi des coups d’Etat successifs qui ont tous eu comme signe distinctif l’application des préceptes économiques du libéralisme ? La dictature des années 30 a eu ces caractéristiques comme celle de 1955 qui a ouvert la porte du pays au FMI, celle de 1966, pompeusement appelée « Révolution Argentine » qui a diffusé les idées que l’auteur de Tiempos Recios embrasse avec une ferveur étonnante. A cela il faut ajouter la junte génocidaire du mal nommé « Processus » qui a pris le pouvoir de force en 1976, laissé le pays détruit économiquement et socialement, a fait disparaître 30 000 personnes, a éloigné pour des décennies la possibilité de récupérer les Iles Malouines et fait du néolibéralisme et de son principal slogan : « réduire l’Etat, c’est agrandir la nation » le pilier de toute sa politique économique et sociale. Comme si cela ne suffisait pas, un gouvernement péroniste travesti, celui de Carlos S. Menem, a adhéré à cette doctrine néfaste avec ferveur. Une étude sur ce sujet prouve que « dans les 50 années qui se sont écoulées depuis l’entrée de notre pays dans cet organisme (le FMI) en 1956 jusqu’au paiement par anticipation de la dette en suspens depuis al crise de la convertibilité en 2006, l’Argentine a été sous des accords (avec le FMI) pendant 38 ans. A cela, il faut ajouter les 2 années pendant lesquelles la Directrice Gérante du FMI, Christine Lagarde, est devenue la véritable Ministre de l’Economie du Gouvernement de Macri. C’est pourquoi notre décadence économique et sociale s’explique bien mieux – pour ne pas dire totalement – par ces 40 ans de co-gouvernement entre la Maison Rose et le FMI que par les erreurs que, comme tout Gouvernement, a pu faire le péronisme dans toutes ses changeantes réalisations historiques, de l’alphonsisme du début de la reconstruction démocratique et inclusive à la néfaste Alliance de la fin du siècle dernier.

Troisièmement et dernier point : un lecteur pourrait se demander que diantre a à voir Joseph Goebbels dans tout ça. Réponse : beaucoup parce que l’auteur de la Tant Julia et le scribouillard montre qu’il connaît très bien les tactiques de communication du Ministre de la Propagande d’Hitler (docteur en lettres de l’Université d’Heidelberg, attention, avec l’académie et les « hommes de lettres »!) L’une des phrases qui résume la pensée du dignitaire nazi dit textuellement que « la propagande doit se limiter à un petit nombre d’idées et les répéter inlassablement, les présenter encore et encore de différents points de vue mais toujours en convergeant vers le même concept. Sans fissures ni doutes. De là vient aussi la fameuse phrase : « Si un mensonge est suffisamment répété, il finit par devenir une vérité. » C’est précisément ce que fait Vargas Llosa avec la maestria que lui confère sa maîtrise du langage : gérer quelques idées et les répéter à satiété « sans fissures ni doutes. » Son discours est hermétiquement fermé et les données gênantes n’entament pas la grosse cuirasse de son idéologie. Ses mensonges sont répétés inlassablement comme le conseillait Goebbels. La ténacité de Vargas Llosa est admirable, dommage que ce soit au service du mal. Grâce à l’immense pouvoir des médias hégémoniques, ces mensonges deviennent des vérités indiscutables ou un « sentiment commun » difficile à braver. Cela est vu comme un acte téméraire, presque comme un sacrilège. Malgré cela, son essai est une construction artificielle qui s’effondre comme un château de cartes dès qu’on la vérifie avec l’analyse historique ou les statistiques. Ce n’est pas pour rien que pendant ces 40 dernières années, ses idées n’ont été débattues qu’à de très rares occasions et presque toujours avec des interlocuteurs bénévoles soigneusement sélectionnés. En résumé : les affirmations contenues dans l’interview que nous avons réalisée sont de la propagande pure et simple, pleine d’une haine et d’un ressentiment qui disent beaucoup ur la nature des temps qui courent où le naufrage du néolibéralisme est une donnée absolument incontournable qui enrage et offusque l’esprit de l’écrivain péruvien. Il faudra qu’il s’y habitue.

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