L’inquiétante influence des députés évangéliques du Frepap

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Le parti politico-religieux est revenu au Congrès après vingt ans d’absence, mélange de secte messianique basée sur l’Ancien Testament et de promesse de lutte contre la corruption des élites.

source : lemonde.fr

Au milieu des montagnes arides et caillouteuses, aux confins de la grande banlieue de Lima, se dresse, comme un dernier rempart avant le désert, le temple de l’Association évangélique de la mission israélite du nouveau pacte universel (Aeminpu). Le bras religieux du mouvement politique du Front populaire agricole du Pérou, le Frepap, a fait une entrée remarquée au Congrès péruvien lors des élections parlementaires extraordinaires du 26 janvier.

Quelques semaines auparavant, personne n’avait parié sur cette formation politico-religieuse, présente au Parlement il y a vingt ans, mais absente depuis lors. Elle a mené une campagne électorale discrète, loin des radars médiatiques. Et a finalement obtenu 15 sièges (quand le parti le mieux placé en décroche 25) sur les 130 que compte l’unique chambre parlementaire, devenant ainsi la troisième force du Congrès. Le 16 mars, les députés ont été investis à huis clos alors que l’état d’urgence avait été décrété la veille pour freiner l’épidémie due au coronavirus (2 281 cas dont 83 morts au dimanche 5 avril).

Dans leur plus grand centre cérémoniel étalé sur plusieurs hectares, à la sortie de la ville de Cieneguilla (est de Lima), une arche, immense, surprend le visiteur. Pour le reste, les installations sont modestes : les fidèles se rassemblent sous un hangar de tôles ondulées. A l’heure du culte ce samedi-là – avant l’apparition du premier cas de Covid-19 qui a mené le gouvernement à décréter un confinement obligatoire jusqu’au 12 avril au moins –, des centaines de fidèles, vêtus de longues tuniques, voile pour les femmes et barbe longue pour les hommes, se pressent pour rejoindre l’assemblée.

Visée « colonialiste »

Les « israélites », nom sous lequel on les désigne au Pérou, se félicitent de la percée du Frepap qui a créé la surprise jusque dans leurs rangs. « Nous avons été gouvernés par de mauvais politiques qui postulent par ambition, pour voler le peuple, dit Gladys, voile mauve sur la tête. Nos frères du Frepap, eux, vont faire connaître la parole de dieu, ils sont bons car ils suivent les enseignements des dix commandements. » Les nouveaux élus refusent toute prise de parole publique. La communication est verrouillée et toutes nos demandes d’interviews ont été rejetées.

L’Aeminpu est un mouvement « messianique andin », selon les termes de l’anthropologue péruvien Juan Ossio. Il combine influences provenant du judaïsme et du protestantisme avec croyances et rites hérités, selon ses membres, de l’époque Inca (environ 1200-1533). Fondé en 1968 par le « prophète » autoproclamé Ezequiel Ataucusi Gamonal, paysan andin, il est né d’une scission au sein d’une église adventiste. Les membres de l’Aeminpu attendent le retour du messie – ou de l’Inca – dont l’esprit saint n’est autre que leur leader spirituel Ezequiel, aujourd’hui incarné dans la figure de son fils, Jonas Ataucusi. Leur doctrine se base sur l’Ancien Testament. Le parti politique, fondé, lui, en 1989, recrute dans zones populaires et marginales des Andes ou de la côte Pacifique. D’aucuns prédisent le grand retour de Jonas Ataucusi, « le prophète » qui vit actuellement caché, avec la possibilité d’une candidature présidentielle en 2021.

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